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de 2002 à 2010

Jeux Olympiques 2012 - Intervention Verte au Conseil Régional

mardi 2 novembre 2004

Intervention de Jean Vincent Placé, Président du groupe Vert au Conseil Régional d’Ile de France lors de la Délibération concernant les Garanties financières des JO 2012 - 28-10-2004
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Fraternité, échanges et dialogues entre les peuples, amitié, paix : l’olympisme apparu dans la Grèce antique est porteur de valeurs positives défendues par les Verts.

Ainsi, les Jeux olympiques antiques nés en 776 avant JC étaient précédés de l’annonce de la trêve sacrée ou « Ekecheiria » par des citoyens parcourant le monde grec et s’ouvraient avec la phrase suivante « Puisse le monde être affranchi des crimes et des tueries ainsi que du choc des armes ». Dans la continuité de cette tradition, l’un des idéaux défendus par le Comité International Olympique est de :« je cite- » construire un monde pacifique et meilleur par le biais du sport ".

Cependant, ces beaux idéaux nous paraissent très loin des messages véhiculés par les JO aujourd’hui et surtout de leur réalité. D’ailleurs, les JO antiques eux mêmes avaient en leur temps étaient dévoyés : les athlètes allaient jusqu’à vendre leur couronne aux cités les plus offrantes, et la fureur de l’envie poussaient princes et citoyens les plus riches à obtenir les couronnes olympiques par les moyens les plus indignes.

Les Jeux Olympiques modernes, relancés en 1896, ont subi le même sort. Et les Jeux Olympiques riment aujourd‚hui surtout avec uniformisation des cultures à l’image des chaussures des athlètes, intérêts financiers, dopage, matraquage télévisuel et publicitaire, compétition exacerbée, opposition, voire haine entre les peuples qui s’affrontent par sportifs interposés.

  • On nous parle de paix et d’amitié entre les peuples, mais les JO ont été le lieu d’expression des pires pratiques de ségrégation en 1936 à Berlin, avec le refus d’Hitler de serrer la main au quadruple champion olympique américain Jessy Owens. Loin de la trêve sacrée, les Jeux Olympiques ont été marqués par la poursuite des affrontements entre des peuples et des pays et ont servi de théâtre aux conflits qui sévissent dans le monde, que ce soit à Mexico en 1968 ou à diverses reprises pendant la Guerre Froide, sans oublier le drame de Munich en 1972.
  • On nous parle des bénéfices du sport pour la santé, mais certainement pas pour celles des sportifs qui participent aux JO. Comme le dit Albert Jacquard, biologiste et généticien de renom, dans son ouvrage intitulé « Halte aux JO », « Le mythe de la potion magique ressemblera de plus en plus à la réalité, mais l’athlète ne sera plus qu’un organisme dont, avant la compétition, les médecins doseront avec finesse les multiples paramètres biologiques. Il sera semblable à une Ferrari dont les ingénieurs règlent avec précision les caractéristiques à la veille d’un grand prix. »
  • On nous parle enfin de sport amateur pour tous, mais les équipes sont le plus souvent contrôlées par de puissants intérêts financiers, qui se donnent en spectacle devant des personnes qui vivent pour nombre d’entre elles dans la misère, par le biais d’un système médiatique des plus performants pour promouvoir un monde dominé par le culte de la performance individuelle, la course effrénée au rendement et à l’argent. Au matraquage médiatique s’ajoute le matraquage publicitaire et les Jeux Olympiques sont devenus un formidable outil de promotion de Coca Cola, Samsung, etc. S’il fallait encore nous convaincre de cette dérive, le passage de la flamme olympique cet été à Paris aurait été très efficace : des oriflammes ornées de logos ont envahi le centre de Paris alors même qu’aucun espace n’a pu être obtenu par les associations de promotion du commerce équitable ou le collectif « de l’éthique sur l’étiquette ».

Entre les Jeux Olympiques des multinationales à Atlanta en 1996 et les Jeux Olympiques aux stades désertés par la population en 2004 à Athènes, certes, il y a eu Sydney qui tente de nous montrer que l’on peut se préoccuper de l’environnement dans l’organisation des Jeux Olympiques. Pour les droits de la personne, il faudra encore attendre et surtout fermer pudiquement les yeux en 2008 sur leurs violations massives en Chine.

Face à ce spectacle des JO, entreprise d’exploitation de l’homme par l’homme, qui va à l’encontre de toutes les valeurs écologistes de solidarité, de justice sociale et de protection de l’environnement, en toute logique, les militantEs VertEs réuniEs en assemblée générale le 29 novembre 2003 ont voté la motion suivante :

« Les Verts n’apporteront pas leur soutien à la candidature de Paris aux JO 2012. Ils veilleront en particulier à ce que l’argent public ne soit plus gaspillé, dans une candidature sans lendemain, contraire aux valeurs écologistes. »

Cependant, en ce 28 octobre 2004, Monsieur le Président, sommes-nous là pour débattre du bien fondé des jeux olympiques dans l’absolu ? Je ne le crois pas. S’agit-il de revenir sur l’opportunité de la candidature de la Ville de Paris ? Je ne le crois pas non plus. Il s’agit bien de voter une délibération qui s’inscrit dans la continuité du processus de la candidature de la ville de Paris pour l’organisation des Jeux Olympiques en 2012.

Cette candidature est consécutive à celle pour les JO 2008, que les Verts avaient à ce moment-là soutenue. La candidature pour 2012 a été lancée en mai 2003 et le Conseil régional, avec le soutien du groupe Les Verts, a voté dès juin 2003 son adhésion et les statuts du GIP. Des subventions ont été attribuées en novembre 2003, en mai 2004 et en septembre 2004, pour un montant total de 2,3 millions d’euros.

Cette candidature étant donc actée de longue date, la question qui nous est posée aujourd’hui est de savoir si nous votons les garanties financières pour la construction d’un certain nombre d‚infrastructures prévues dans le dossier tel qu’il est aujourd’hui. Or, ce dossier ne nous satisfait pas pleinement.

  • Tout d’abord, nous déplorons que l’organisation prévue ne fasse pas plus de place à l’ensemble de la Région francilienne. En effet, les « franges » de l’Ile de France sont complètement délaissées, de même que le Val d’Oise, le Val de Marne et l’Essonne. Et même si des équipements sont prévus à Versailles, Saint Quentin en Yvelines, Colombes, Vaires sur Marne et en Seine Saint Denis, d’autres territoires sont ignorés et pourraient voir les investissements prévus par le Contrat de plan retardés à cause des Jeux Olympiques. Or, nous ne voudrions pas que la candidature de Paris remplace notre politique en matière d’aménagement de la Région Ile de France, selon le programme sur lequel nous avons été éluEs en mars dernier. Nous veillerons donc dans la suite de la mandature à ce que les territoires les plus en difficulté soient soutenus et à ce que les une « francilienne » de transports collectifs : il faudra que la Région s’en donne les moyens.
  • Nous regrettons également que certains équipements existants ne soient pas mieux exploités, comme le Centre national technique de rugby de Marcoussis (co-financé par la Région), même si nous reconnaissons que beaucoup d‚efforts ont été faits pour limiter le nombre d’équipements nouveaux (65 % des équipements sportifs et 95 % des infrastructures existent déjà).
  • Quant à la publicité, nous déplorons qu’il ne soit pas possible du fait des exigences du CIO de limiter sa place : nous n’avons pas envie que Paris se transforme le temps des JO en une gigantesque campagne de publicité et nous ferons tout ce qui est possible pour que les expressions citoyennes aient aussi leur place au cours de ces Jeux Olympiques.
  • Nous sommes par ailleurs inquiets sur la mobilisation potentielle des garanties financières que nous allons voter : quelle part pourrait être effectivement demandée à la Région ? L’engagement que nous prenons aujourd‚hui atteint la « modeste » somme d‚un milliard d’euros : nous ne sommes pas rassuréEs sur le risque couru par la Région et sa capacité à assumer ses engagements sans remettre en cause notre programme.
  • Mais notre principale inquiétude réside dans la question de la gouvernance pour l’organisation des jeux. En effet, notamment grâce aux âpres négociations des éluEs vertEs à la ville de Paris, cette candidature présente un grand nombre d’avancées sur lesquelles nous reviendrons plus tard. Mais, si la candidature était retenue, comment veiller à ce que ces promesses soient tenues ? Le risque est grand de voir remis en cause, par exemple, la couverture des voies ferroviaires dans le quartier des Batignolles. Vous nous avez donné des assurances lors de notre rencontre sur le fait que les entreprises n’auraient pas autant de place qu’à Athènes et garanti que les éluEs, mais aussi les associations seraient associéEs. Nous comptons sur vous pour tenir ces engagements.

Nous souhaitons aussi que les Vices PrésidentEs concernéEs, sports, aménagement du territoire et éco-région notamment, participent également à vos côtés aux travaux de l’OCOO, organisme de coordination olympique destiné à piloter et coordonner l‚ensemble des opérations de constructions et équipements d’infrastructures nécessaires à la tenue des JO.

Si nous n’allons pas, à ce stade, remettre en cause le soutien du groupe Les Verts apporté depuis le lancement de la candidature, malgré toutes nos réserves, c’est parce que le dossier de candidature actuel comporte nombre d’avancées : Paris, après avoir organisé les premiers JO avec des femmes en 1900, pourrait organiser les premiers jeux populaires, éthiques et soucieux de l’environnement en 2012. Le groupe les Verts est satisfait, qu’au-delà des déclarations d’intentions, de véritables engagements aient été pris en faveur du développement soutenable.

  • Le village des Batignolles nous semble être un exemple probant : l’utilisation des techniques urbanistiques et environnementales les plus avancées est prévue pour la construction des bâtiments, de même que l’accessibilité totale aux personnes handicapées. Ce projet s’inscrit dans une démarche d’aménagement durable du quartier : les logements seront ensuite réutilisés pour du logement social mais aussi pour partie pour du logement étudiant, dans un souci de mixité sociale. Les espaces verts n’ont pas été oubliés au coeur de ce quartier des Batignolles et la couverture des voies ferroviaires est très attendue par les riverains.
  • Autre avancée conséquente : les transports. Pour la première fois dans l’histoire des JO, ils sont prévus « 100% écologiques ». Les sportifs devraient exclusivement se déplacer en transports en public ou non polluants. En outre, si la candidature de Paris était retenue, les lignes 9, 10, 12, 13, T1 et T2 devraient bénéficier d’investissements rapides, la station Evangile devrait être construite sur la ligne E et le RER B rénové. Ces investissements apporteraient des améliorations notables au réseau de transports en commun des ParisienNEs mais aussi des FrancilienNes puisque les 2/3 des usagers du métro ne sont pas parisienNEs. De nombreux aménagements devraient également être réalisés pour favoriser l’accès des transports en commun des personnes handicapées : vu le retard en la matière du réseau de transports franciliens, un coup d’accélération nous paraît en effet nécessaire et urgent.
  • Les transports, le logement social, mais aussi les espaces verts pourraient bénéficier de l’organisation des JO. L’laboration du dossier de candidature Paris 2012 a permis d‚obtenir des engagements majeurs pour l’aménagement du Bois de Boulogne. Même si nous déplorons l’amputation de 0,9 hectare de ce bois classé, la construction du « dôme » et l’extension de Roland Garros telle qu’elles sont prévues aujourd‚hui, nous nous réjouissons des investissements conséquents promis en faveur de la restauration de ce « poumon vert » : nous ne mentionnerons que la couverture d’une partie du boulevard périphérique et les aménagements paysagers majeurs aux abords Carrefour de Longchamp et de la Grande Cascade. En outre, la Ville de Paris ne renouvellera pas la concession privée pour le Tir aux Pigeons : ce sont ainsi 10 hectares qui pourront être réaménagés au profit des balades des franciliens-iennes plutôt que d’être accaparés par quelques privilégiéEs en mesure de payer une licence exorbitante.
  • En outre, Paris ne candidate pas seulement à l’organisation des Jeux Olympiques mais aussi Paralympiques, en intégrant une égalité de traitement des personnes handicapées, afin notamment de faire évoluer le regard porté sur elles.

ne dernière grande avancée de cette candidature annoncée ce matin par le GIP : les 12 équipements pérennes prévus dans le dossier éviteront des dépenses inutiles pour des équipements non nécessaires sur le long terme et limiteront les coûts supportés par les collectivités publiques.

  • Enfin, nous sommes également sensibles à l’idée que les JO puissent être créateurs d’emplois dans notre région, à l’heure où notre Région fait face à un taux de chômage croissant qui atteint les 10% au 2ème semestre 2004. 60 000 emplois sur la période de préparation des JO et 42 000 emplois pérennes après les JO selon l’étude du Boston Consulting Group : même si ces chiffres nous paraissent excessifs, nous sommes convaincus de l’impact positif sur l’emploi à long terme que pourrait avoir l’organisation des JO.

Pour conclure, Monsieur le Président, vous le comprenez au travers de cette intervention, ce vote favorable du groupe Les Verts ne va pas de soi, d’ailleurs certains d’entre nous s’abstiendront en conscience, mais il est le fruit d’une synthèse de toutes les réponses aux questions que nous sommes posées, de toutes nos inquiétudes qui subsistent mais surtout de tous les espoirs que nous mettons dans cette candidature. Ce vote n‚est pas un blanc-seing : nous veillerons au respect des engagements pris. Nous croyons en la volonté politique et nous sommes optimistes :nous votons oui à cette délibération en faisant le pari que cette aventure contribuera à construire l’éco-région que nous avons promis aux FrancilienNes.

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