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de 2002 à 2010

« Grand Paris » - contribution de Mireille FERRI

mardi 27 mai 2008

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Avenir de Paris et de la Région Île-de-France
Réseau-Capitale

Chacun y va de sa petite idée. « Paris Métropole », « Grand _Paris », Communauté urbaine, « Région Capitale »... Les Verts _doivent faire plus que verdir un projet qui ne leur ressemble finalement que peu...

Les problèmes spécifiques du cœur de l’agglomération existent : la difficulté de construire des logements pour tous, la mobilité, la pollution de l’air, l’accès à l’emploi ou aux services... Et la lenteur des politiques publiques est un problème pour toutes et tous, cœur d’agglo ou pas.

L’ensemble de ces problèmes va donc impacter la qualité de vie des habitants, ainsi que le rayonnement international de la région.
Face à ces difficultés, il incombe au politique de trouver un ensemble de réponses qui ne peut se résumer à quelques grandes tirades, pleines d’intention mais qui peineraient à se décliner concrètement.

Ces réponses doivent articuler 4 grandes questions :
1.Les échelles
2.Le contenu du projet
3.L’ampleur et l’origine du financement
4.Le mode démocratique et les outils de gouvernance. Ce point sur la gouvernance arrivant en dernier car la proposition institutionnelle doit découler des 3 premiers points.

La question des échelles

L’approche classique interroge le positionnement international de l’IDF par rapport aux grandes métropoles européennes.
Elle met l’organisation parisienne en concurrence avec les modes d’organisation de Londres, Berlin, Madrid... Paris étouffée, Paris corsetée, mais Paris comparée ?
Une comparaison utile s’attarderait à la qualité de vie des habitants.
Hélas, c’est de la superficie qu’on s’inquiète.
C’est la taille du territoire qui interpelle.
Et dans ce cas, la différence saute aux yeux : le territoire de la ville de Paris n’est pas à l’échelle de ses homologues européennes.
Mais si Paris est territorialement un objet curieux, le Grand Paris n’est pas une réponse à ce problème.

Parlant d’échelle, les Verts ont toujours favorisé la proximité.
Et c’est encore par ce prisme majeur que nous devons aborder l’échelle du Grand Paris.
Si l’on observe la réalité du terrain, les migrations alternantes, à savoir où habitent les Franciliens et où ils travaillent, l’on voit se dessiner un bassin de vie qui correspond peu ou prou à la Région Ile-de-France (un peu moins à l’est, un peu plus vers l’Oise).
Plus largement même, l’échelle de cette Ile-de-France du réel est celle du Bassin Parisien (qui englobe aussi bien Reims qu’Orléans ou le Havre) : un bassin qui n’a pas de sens sans Paris, pas plus que Paris n’a de sens si elle est coupée de son hinterland naturel.
C’est en nous appuyant sur cette Ile-de-France du réel, et à l’échelle de ce Bassin parisien que nous pourrons répondre aux défis qui nous font face.
Résorber les inégalités sociales, affronter les crises environnementales, et sur cette double robustesse sociale et écologique maintenir et développer une dynamique économique soutenable.

Un Grand Paris copie de l’antique département de la Seine est donc, dès l’origine, un projet étriqué qui manque de souffle.

Le Projet
On voit clairement que les enjeux d’échelle renvoient à la nature du projet de développement.
Quelle place est accordée aux questions de mobilité, de logement, à la nature du développement économique, à l’égalité territoriale et à la solidarité sociale ?
Le besoin se fait plus pressant pour des projets de vie, une réflexion profonde sur la nouvelle ville, sur une nouvelle dynamique économique ou sur des formes innovantes de mobilité.
Une telle réflexion suppose une démarche de qualité et l’articulation de l’ensemble des acteurs. Bien au-delà de la cacophonie de monologues dont nous sommes abreuvés.

A l’opposé, le projet de Schéma Directeur de la Région Île-de-France.
Projet pour l’élaboration duquel ont été mobilisés sur 3 années le Conseil régional, le Conseil Economique et Social régional, les départements, les territoires, les municipalités, les chambres de commerce et d’industrie, les chambres agricoles, les associations et fédérations d’associations, du cœur d’agglomération, de la petite couronne ou de la grande couronne. Et finalement l’ensemble de la population francilienne grâce à l’enquête publique la plus importante de l’histoire de la République.
Que peut-on retirer de ces débats ?
Que si le monde va bouger et qu’il nous faudra avoir la capacité de traverser les turbulences des mutations, nous pouvons en sortir renforcés si nous savons être plus robustes : « l’avenir ne se prévoit pas, il se prépare » (Braudel).

Pour préparer cet avenir, le Schéma directeur de la Région IDF porte un projet de développement pour Paris et sa région.
Un projet qui s’attaque d’abord à la réduction des inégalités entre habitants et entre territoires (en termes de mobilité, d’accès au logement, de répartition des emplois et des activités...) base indispensable d’une nécessaire excellence sociale. Mais un projet qui s’attaque également aux crises énergétiques et climatiques, en préservant la biodiversité, en mettant fin à l’étalement urbain, pour développer une ville dense et multifonctionnelle : il déploie ainsi une véritable excellence environnementale.

Une dynamique économique durable devra forcément s’appuyer sur cette double excellence sociale et environnementale. Il n’y aura plus, en effet, de développement économique sans anticipation des besoins, sans innovation radicale, sans porter une attention renouvelée à nos formes d’organisation spatiale ou à la question de la production de biens.

Une approche solidaire de l’aménagement du territoire ne peut se limiter non plus à la question de la taxation (taxe professionnelle unique, ou non) ou de l’amélioration de la mobilité : la vitalité des territoires et la réduction des inégalités sociales, tout comme la lutte contre les crises écologiques, demandent plus que cela. Entre autre, cela passe par l’accès à des emplois localisés à proximité des logements. Plus question de semer emplois d’un côté, logements de l’autre, tout cela au petit bonheur la chance. Dans l’ère post-pétrole, la mobilité ne peut plus être une variable d’ajustement de l’aménagement du territoire.

Financements : sauvegarder la solidarité

La question des financements est fondamentale. Quelles échelles et quelles mobilisations pour le financement des grandes politiques régionales : du logement, des déplacements, de la recherche, de l’innovation, etc ? Quelles solidarités financières, quelle mutualisation des moyens, quelle politique de péréquation, à l’échelle de la zone comme à l’échelle de la Région dans son ensemble ?

Des nos jours, les besoins sont gigantesques et les collectivités locales ne peuvent tout supporter seules. Quant à l’Etat, lui non plus n’a plus les moyens de faire seul. Il affiche pourtant un niveau d’ambition qui vise à relativiser voire à disqualifier l’effort des autres acteurs.
Cela alors qu’il n’a plus les moyens ni la capacité de réaliser ses ambitions ! Les grands projets franciliens ? paroles, paroles, paroles.
Le paquet fiscal ? on a trouvé comment le financer.
Pour le reste ? les caisses sont vides.
En matière de Grand Paris, l’Etat se paie de mots.

Au-delà de ce constat, la question reste : qui va financer les projets, sachant qu’il faut aller vite et fort ?
on peut envisager une part de réforme fiscale mais attention, toute réforme aura ses limites : ce ne sont pas les ressources locales qui vont compenser les cadeaux fiscaux du gouvernement ;
il ne faut pas négliger la capacité de recourir à l’emprunt

il ne faut pas sous-estimer le potentiel des Partenariats Public-Privé, et au-delà des tabous, modifier peut être les règles pour passer du partenariat au contrat où chacun se retrouve, particulièrement pour faire appel à des acteurs nouveaux du monde financier (par exemple la Caisse des Dépôts et Consignations) ;
il faut se méfier de toute péréquation financière du coeur d’agglomération.
Péréquation qui aurait l’énorme avantage (pour certains) d’éviter de devoir négocier avec des partenaires aussi lointains, nombreux et divers que Nemours, Provins, Etampes ou Mantes-la-Jolie.
Il y a en effet une forme d’accaparement de la richesse quand on veut organiser la solidarité des riches entre eux.

Gouvernance : développer un Réseau-Capitale

Nous vivons une guerre larvée des territoires, avec une spécialisation malheureuse des bassins de vie : emploi à Paris, sièges sociaux à la Défense, et logements sociaux en Seine-Saint-Denis.
Pour en sortir, les diverses collectivités doivent articuler leurs points d’accord pour localiser les emplois, identifier les moteurs économiques de demain, organiser la péréquation des ressources entre collectivités, construire massivement des logements, préserver l’environnement, et assurer une mobilité durable.
Il faut alors décliner l’organisation territoriale des réponses à ces grandes questions.
La ville n’est plus une unité territoriale, une continuité urbaine comme elle a pu l’être.
Nos villes sont désormais organisées en conurbations, comme le « Randstad Holland » autour de la capitale des Pays-Bas.
La ville-réseau est la structuration politique de cette réalité urbaine. Des territoires qui s’unissent, dans le respect de leur diversité, pour faire face ensemble à leurs problèmes communs.

L’utopie collective territoriale

Les Franciliennes et les Franciliens s’organisent de plus en plus en « bassins de vie », créant au quotidien une Île-de-France aux pôles multiples : Saint-Denis, Seine-Amont, le Val de Bièvre, la Défense...
A l’opposé d’une vision passéiste d’une l’Île-de-France polarisée uniquement autour du cœur parisien de l’agglomération, il faut développer, soutenir et structurer les territoires de cette Île-de-France du réel.

Conclusions

Les problèmes spécifiques du cœur d’agglomération ne peuvent pas être dissociés du fonctionnement global d’un territoire plus vaste.
Du quartier à la ville, de la ville au territoire, du territoire au département et du département à la région, dès qu’il y a changement d’échelle, il y a conflit d’échelle.
Le cas le plus flagrant est celui des transports.
Or, le propre du politique est de résoudre les conflits d’intérêt, pas de les éluder.

La conférence régionale est une tentative de créer un lieu de résolution de ces conflits.
Grâce à la grille d’analyse des faisceaux institués par le SDRIF, les élus du cœur d’agglo sont positionnés avec ceux de 2ème couronne et au-delà avec ceux du Bassin parisien, sur des thématiques telles que les transports, la localisation d’emplois et d’activités, les grands équipements structurants (universités, hôpitaux, équipements sportifs...).

Du contenu du projet à la forme de celui-ci, nous partons du SDRIF pour y revenir. Quoi d’étonnant, quant on sait l’étendue de la concertation qui a permis d’élaborer cette vision de l’Île-de-France à l’horizon 2030 ?
Telle est peut-être la leçon à retenir de toute cette histoire : l’humilité.
L’humilité de la concertation, l’humilité gage de solidarité, l’humilité pilier de la proximité.

10 mai 2008

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