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En réponse à l’article de Marianne "Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison “ n ° 605 -22/11/2008

L’écologie : notre combat à nous, femmes du XXIe siècle, pour tenter d’offrir à nos enfants un monde vivable

mercredi 26 novembre 2008

Cette réponse est adressée à Isabelle Saporta pour son article "Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison “ et à Elisabeth Badinter interviewée dans le même article
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Mesdames,
Je ne comprends pas votre cheminement. Vous listez les scandales sanitaires avec justesse, mais la seule conclusion que vous en tirez, c’est qu’ils vont sonner « le glas de la libération de la femme » et que Nicolas Sarkozy a raison de vanter les couches jetables !
De la même manière vous décrivez les difficultés pour les mères (mais ce n’est pas nouveau !) de retourner au travail après un, deux, trois enfants, et vous incriminez l’écologie.
Pas un instant vous n’envisagez que ce soit le monde de l’agro-alimentaire et du travail qui soient à repenser.

Mère contre enfant, père zappé

Vous opposez le bien de l’enfant et le bien de la mère.
Vous déniez tout rôle au père et vous évitez de trouver une solution qui permette de concilier les deux.
Une main sur un œil, vous semblez ne voir le monde que de l’autre, comme s’il était coupé en deux moitiés strictement inconciliables : les hommes d’un côté, les femmes de l’autre.
Pour vous, la « tyrannie verte » ne concerne que les femmes et vous zappez totalement le rôle des hommes (tyrans ? absents ?).
Bien sûr c’est la femme qui donne le sein, mais ne me dites pas que vous ne connaissez aucun couple biberonnant où l’homme continue de ronfler pendant que la femme se lève pour préparer le bib’ !
Quant aux couches lavables, je vous signale que l’on a inventé la machine à laver il y a un certain temps déjà.
Vous parlez de la quête éperdue d’une vie 100 % bio et là, vous avez raison, ça n’existe pas.
Il s’agit à l’échelle globale de la planète de faire pencher la balance du côté d’une vie plus saine.
Mais pourquoi parlez-vous sans cesse des mamans ?
Je connais des centaines de papas qui ne sont pas tous chez les Verts et qui sont les premiers à s’inquiéter et à se proposer pour offrir une vie plus saine à leurs enfants. _ Vous citez des chiffres sur la répartition des tâches ménagères... qui ne sont pas le reflet du peuple écolo où les compagnons des soi-disant femmes des cavernes sont au contraire particulièrement présents.

La modernité ne peut faire l’impasse sur l’humain

Je me demande dans quel cerveau a pu naître l’idée que l’allaitement était une « aliénation totale » !
Pas un instant vous ne vous demandez si la mère peut y trouver du plaisir.
Nous ne sommes pas des vaches qu’on trait, nous donnons un peu de nous-mêmes et nous recevons en échange.
La modernité qui semble pour vous n’exister que par l’industrie (machines, aliments artificiels, etc.), ne peut de mon point de vue faire l’impasse sur l’humain.
L’allaitement n’est pas une aliénation, c’est un lien au contraire.
Un parmi d’autres. A chaque couple (et j’insiste sur le fait que c’est une décision qui se prend à deux) de faire son choix.
Vous citez des phrases excessives et caricaturales pro-allaitement, mais j’en ai tout autant entendu dans l’autre sens.
Il n’y a aucun intérêt à dresser d’un côté des féministes de la première heure qui feraient passer leur émancipation avant leurs enfants, et de l’autre des écolos arriérées qui s’abîmeraient dans les couches.
Quant à la liberté féminine dont parle Elisabeth Badinter, si elle ne passe que par des petits pots et des couches jetables, c’est une bien piètre liberté.
Sur l’accouchement à la maison vous enfoncez le clou en mettant en exergue un fait divers dramatique sans penser que l’hôpital aussi est responsable de cas tout aussi tragiques (et rares heureusement) de décès de la mère ou de l’enfant.
Les femmes qui accouchent à la maison ne souhaitent pas la douleur et n’y voient aucune dimension biblique.
Pour moi, la douleur était le dommage collatéral d’un meilleur respect... de moi en tant que femme.
Pour moi, être ligotée dans la position la moins efficace avec des tuyaux partout était une négation de ma féminité et de mon statut d’être humain.
Je ne veux imposer ce ressenti à personne, je veux que cela puisse être mon choix comme dans d’autres pays d’Europe.
Bref notre prétendu retour à l’âge de pierre se fait tout de même avec des machines à laver, des machines à pain, des sages femmes équipées de monitoring tout à fait modernes, des épilateurs (si, si !) et des ordinateurs reliés à internet...

Nous, aujourd’hui, nous savons

Vous dites que nous allons le payer cher ? Ce ton comminatoire semble oublier un petit détail... ce que nous payons cher aujourd’hui, c’est votre émancipation.
Car c’est au prix de votre liberté puis de la nôtre, hors de question de le renier, que nous avons hérité d’une planète dévastée, polluée par des couches jetables, des meubles à bas prix et des aliments dénaturés qui vous ont permis de quitter les fourneaux auxquels des générations d’hommes (et de femmes) vous avaient assignées.
Attention, je ne critique pas votre combat, comment le pourrais-je, car d’une part c’est grâce à vous aujourd’hui que je vote, que je travaille, que j’ai mon compte bancaire, etc. et que d’autre part vous ne saviez pas.
Vous avez fait confiance à l’industrie, à l’agro-alimentaire qui vous serinaient d’aller travailler l’esprit tranquille puisque les produits inventés pour vous soulager des corvées étaient d’une totale innocuité.
Vous ne saviez pas... mais nous, aujourd’hui, nous savons.
Bien sûr qu’il y a un retour de bâton, bien sûr qu’il est excessif.
Il faudra un peu de temps pour arriver à une position médiane raisonnable, mais vos propos n’y aideront certainement pas.

Nous sommes la génération de la réparation

Nous vivons dans un monde qui ne ressemble pas au vôtre.
Nous avons perdu la légèreté, l’insouciance, pour plonger dans un cauchemar où, comme vous le précisez justement, chaque jour apporte sa nouvelle annonce d’une catastrophe sanitaire et environnementale à venir.
Alors nous n’avons pas le choix.
Vous avez été la génération de la conquête, nous sommes la génération de la réparation.
Vous avez créé, nous devrons détruire... et réinventer.

Car l’écologie n’est pas ce triste enfer gris que vous décrivez.
C’est notre réponse, notre combat à nous, femmes du XXIe siècle, pour tenter d’offrir à nos enfants un monde vivable.
Et si certaines d’entre nous renoncent à travailler, ce n’est pas à cause de l’écologie, c’est leur choix, tout simplement.
Ce n’est pas le mien.
Des femmes déçues par le monde du travail qui s’abîment dans la maternité ?
Il y en a... autant que de femmes déçues par leur maternité et qui se jettent à corps perdu dans le travail.
Comme de nombreuses autres femmes, j’ai pour ma part choisi de consacrer une année ou deux de ma vie pour donner à mon fils mon amour, mon temps, un cadre de vie moins pollué et des aliments sains.
Bientôt je vais reprendre ma vie de femme active en ayant la sensation d’avoir apporté ma pierre à l’édification d’une société différente.
Et non, je ne veux pas « tuer ma mère » qui avait arrêté de travailler pour nous élever, je veux faire mieux qu’elle : m’occuper de mon enfant ET me réaliser au travail.
Je veux les deux et je pense qu’une société moderne doit pouvoir m’offrir cela.

Aidez-nous à construire le XXIe siècle

Vous vous trompez de combat.
L’écologie n’est pas plus l’ennemie de la femme que la voie d’un retour au Paradis terrestre.
Vous devez comprendre que le combat environnemental n’est qu’une partie de la vision globale d’une société où la femme a toute sa place (mère et femme).
Il n’y a pas de « morale écologique » qui condamne des « petites choses » !
Il y a une planète polluée sur 100 % de sa surface et sur laquelle les femmes comme les hommes ne pourront bientôt plus vivre.
Il y a de nouveaux combattants, femmes et hommes, des militants de leur époque qui voient dans leur lutte une suite logique à celle des féministes de la première heure et non un antagonisme aussi violent.
Mais cette lutte est vaine si elle est isolée.
Ne nous jugez pas du haut de votre XXe siècle, aidez-nous à construire le XXIe siècle.

Amélie Piégay
militante verte


Autre réaction

J’ai lu avec effarement votre article intitulé « Quand l’écologie renvoie les femmes à la maison », d’une certaine Isabelle Saporta. Avec comme caution morale un entretien avec Elisabeth Badinter, que j’apprécie sur certains sujets mais qui ne me semble pas un parangon de vertu sur les questions féministes.

N’ayant plus ce torchon sous les yeux, je n’y répondrai pas point par point. D’ailleurs, est-ce la peine ? Je me souviens seulement que vous vous livrez, décidément c’est la mode, au racisme bon chic bon genre contre les écologistes. Qui, bien sûr, puent sous les bras et veulent renvoyer les femmes à la maison. Et nous éclairer à la bougie, sans doute ? C’est du moins ce que vos prédécesseurs disaient voici une trentaine d’années, à l’époque de René Dumont. Ainsi donc, il est réactionnaire de faire son pain, d’acheter ses légumes chez un maraîcher du voisinage, et pour une femme d’allaiter son enfant.

Par un hasard du calendrier, les médias pointent le fait que le sperme humain a perdu la moitié de sa fertilité en peu de temps . « Le magazine de la santé » sur France 5, un dossier sur Arte en début de soirée, ’« Le téléphone sonne » sur France-Inter : autant de chaînes gauchistes et baba cool, comme chacun sait. Les causes en seraient des substances chimiques telles que le disphénol et les phtalates, et aussi les pesticides dans les champs et l’eau du robinet. Cette diminution des spermatozoïdes s’accompagne d’une forte augmentation des malformations de l’appareil urogénital des garçons.

Une femme peut faire le choix d’accoucher dans une maternité. Elle peut aussi décider, mais là c’est rarement par choix, de nourrir son enfant avec du lait maternisé et plus tard des petits pots, avant de l’expédier le plus vite possible dans une crèche puis à la maternelle. Mais elle peut encore s’organiser avec son mari ou compagnon, car après tout un enfant se fait à deux, pour que les débuts dans la vie de son bout de chou soient les meilleurs possibles. Et ce n’est pas une question d’écologie. Ou alors, tout est écologique.

Dans ce monde infernal dont la température augmente au point de mettre en péril la vie à échéance de quelques décennies, où les produits chimiques mal maîtrisés (voir la Chine) occasionnent des maux de plus ou plus visibles, y compris dans la fabrication des biberons, où le pétrole et les matières premières se raréfient, où le « toujours plus » de fric a entraîné la crise que l’on sait, de subprimes en faillites, il est nécessaire de tenir compte d’un minimum d’impératifs écologiques avant de baver contre les écolos, ces empêcheurs de pétarader en rond.

Pour ne l’avoir pas fait, pour avoir permis l’expression des pires penchants consuméristes votre journal a failli à l’objectivité. Je me réjouis de plus en plus d’avoir cessé de le lire chaque semaine.

Et je ne pleurerai pas sur votre sort.

Jean-Michel GAMBIER

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