Archives des Verts IDF Archives des Verts IDF
Archives des Verts IDF
de 2002 à 2010

A un moment, il faut agir !

Par Eva Joly

mercredi 13 mai 2009

Éva Joly est décidément sur tous les fronts. La juge norvégienne qui a révélé l’affaire Elf en France, a été réquisitionnée par l’Islande pour enquêter sur les responsables de la crise. A l’occasion de la présentation de son livre, Des héros ordinaires, elle revient sur sa candidature inattendue aux élections européennes du 7 juin, en île-de-France, sur les listes Europe Écologie.
Envoyer à un ami
Version imprimable de cet article

Propos recueillis par Alice POUYAT

  • Pourquoi entrer en politique aujourd’hui ?
  • J’ai beaucoup d’admiration pour les hommes et les femmes qui résistent. C’est pourquoi je viens d’écrire Des héros ordinaires*, recueil de portraits de citoyens courageux qui luttent contre la corruption et les paradis fiscaux. Je pourrais écrire un deuxième tome sur des Français engagés, comme Etienne Cendrier (porte-parole de Robins des toits, association qui lutte contre les dangers des antennes relais, ndlr). Mais pour ma part, j’ai compris que j’avais épuisé les possibilités d’action en tant que citoyenne, en France comme en Norvège. Face à la puissance des multinationales, à la corruption mondialisée, la politique me semble un moyen d’influer sur la réglementation.
  • L’intégrité que vous avez toujours défendue n’est-elle pas menacée par cette entrée en politique ?
  • Cela ne dépend que de moi ! Vous savez, j’ai vu trop de gens qui portent leur intégrité en bandoulière, des juges effrayés par l’idée qu’ils puissent être pris dans le vrai... A un moment, il faut agir. Et puis je trouve que l’offre politique est inadéquate.
  • Pourquoi avoir rejoint les écologistes précisément ? C’est un choix assez inattendu...
  • L’UMP n’a rien compris à l’économie. Le parti limite les impôts pour les riches à un moment où l’effort national doit être partagé. Les socialistes proposent les mêmes solutions depuis les Trente Glorieuses et sont empêtrés dans des rivalités internes. Le Modem fait des choses intéressantes, notamment pour l’environnement, mais son pêché originel est de siéger aux côtés des libéraux au parlement européen. La gauche radicale n’est pas force de proposition. Aucun de ces partis n’a pris la dimension de la crise économique et de la crise écologique qui, pour moi, sont intimement liées. Vouloir sauver le secteur automobile sans promouvoir les voitures propres est complètement absurde par exemple.
  • Écologie et lutte anticorruption sont donc liées...
  • Oui. Il faut aujourd’hui promouvoir une économie propre dans tous les sens du terme. La plateforme Europe Écologie fait de nombreuses propositions en ce sens. Elle souhaite notamment un grand emprunt pour financer une économie verte, qui aille bien au-delà de notre plan de relance. Cette plateforme réunit des personnes souvent jeunes, impliquées, proches de la société civile, proche de Greenpeace, de Nicolas Hulot. Dans tous les domaines, elle place l’intérêt des citoyens au centre de ses combats. Or, quelle est la cause la plus importante aujourd’hui pour la planète ? C’est l’écologie.
  • Pourquoi mener ce combat au niveau européen ? Le Parlement de Strasbourg est-il assez puissant et indépendant des pressions économiques ?

Le parlement européen pourrait avoir plus de pouvoir. Il n’échappe pas non plus aux pressions des lobbys. La plateforme écologiste a justement pris l’engagement de réglementer le lobbysme européen. Et puis, tout dépend des personnes que l’on envoie au Parlement ! Si on élit des ultralibéraux qui pensent que le marché se régule tout seul, la réglementation européenne risque de patiner, alors que l’Europe peut offrir des avancées considérables. La directive Reach (qui encadre l’utilisation des substances chimiques, ndlr) en est un bon exemple. L’Europe est aujourd’hui le meilleur cadre pour agir. C’est par exemple le cas aujourd’hui pour une réglementation sur les antennes relais. En France, il y a une trop grande proximité entre les opérateurs, comme Bouygues, et le pouvoir. Avec quatre milliards de téléphones, c’est le plus grand problème de santé publique à affronter.

  • Quel sera votre chantier prioritaire si vous êtes élue ?

La lutte contre la corruption et les paradis fiscaux, qui déséquilibrent les rapports Nord Sud, restent ma priorité. Pour développer une finance propre, la plateforme Europe Écologie propose notamment la création d’une taxe sur les produits financiers, qui permettra de tracer les flux financiers.

  • Les institutions européennes sont-elles à la hauteur en matière de lutte anti-corruption ? Et sinon, comment renforcer leur pouvoir ?

José Manuel Barroso est quasi inexistant sur ces questions ! Mais la Commission agit tout de même. En 2008, elle a suspendu ses aides à la Bulgarie, dans l’attente de progrès sur le front de la corruption. On pourrait aller beaucoup plus loin dans la voie d’une régulation fédérale. Aujourd’hui, il n’existe qu’un Office européen anti-fraude (Olaf). Celui-ci fournit des informations aux différents pays, qui restent maître des enquêtes judiciaires menées sur leur territoire. Il faudrait que l’Olaf puisse déclencher des poursuites et, à terme, créer un tribunal pénal européen, qui traque la criminalité économique transfrontalière, comme il existe une Cour européenne pour les droits de l’homme. Mais pour cela, les pays doivent renoncer à un part de leur souveraineté.

Top
Plan du site | Revue de Web | Site réalisé par Oizoo avec SPIP | SPIP
Les Verts Ile de France - 5 rue d’arcueil - 75014 Paris - Tél. 01 45 65 33 60 - Fax. 01 45 65 41 50