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de 2002 à 2010

Nourrir la planète.

Intervention de Natalie Gandais-Riollet au débat du 27 mai 2009

vendredi 12 juin 2009

Malbouffe chez nous, pas de bouffe au sud : c’est la crise, alors, chacun pour soi ou bien on partage ?
Quel rôle pour l’Union européenne ?
Café-débat Chez Trassoudaine.
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Intervention de Natalie Gandais-Riollet au débat du 27 mai 2009 chez Trassoudaine.

Nous sommes dans une situation de crise. D’un côté, des gens, ici, en France, n’ont même plus les moyens de se nourrir, et doivent faire appel aux organisations caritatives, d’un autre côté, ceux qui ont les moyens de se nourrir sont victimes des maladies de la malbouffe, et enfin, après un demi-siècle d’agriculture intensive, cette agriculture qui utilise massivement les engrais et les pesticides, qui a été développée sous prétexte notamment de « nourrir la planète », eh bien, la faim dans le monde n’a pas reculé d’un pouce, et aujourd’hui encore, plus de 100 000 personnes meurent de faim chaque jour. « La faim tue plus que les guerres » !

Pourtant, selon tous les experts (FAO, Agrimonde, etc.) il est possible de nourrir la planète et les 9 milliards d’habitants que nous annonce l’ONU à l’horizon 2050. Alors comment ?

J’ai vu hier le film de Jean-Paul Jaud, « Nos enfants nous accuseront ». J’invite mes amis du groupe Vert Paris 13e à en organiser une projection publique, comme nous avions fait l’an dernier pour « Le monde selon Monsanto ». Ce film révèle des chiffres qui sont soigneusement cachés, sur l’augmentation des cas de cancer chez les enfants, en particulier les enfants d’agriculteurs, chez les hommes (+93% en 25 ans !), dont 30% sont liés à l’environnement - rappelons notre combat contre les CMR (composés mutagènes et reprotoxiques) : pesticides, composés organo volatiles (colles des meubles en aggloméré...), spray insecticides, bougies parfumées... - et 40% sont directement lié à l’alimentation. On en sort à la fois glacé, quelqu’un dans le film, évoque d’ailleurs le scandale du sang contaminé, on se dit qu’en effet, « des gens » savent (la MSA a fait des statistiques) mais laissent faire, je pense par exemple à la Ministre de la santé, Roselyne Bachelot, qui a été ministre de l’environnement, et qui, contre les CMR domestiques, au lieu de les interdire, envisage de mettre des petits papiers dans les pharmacies pour expliquer aux gens qu’ils doivent ouvrir la fenêtre pour aérer ! et plein d’espoir, par que le village du film réagit, et en six mois, passe sa cantine en alimentation biologique !

Nous avons entendu, lors du colloque « Alimentation soutenable » que nous avons organisé à la mairie du 2e arrondissement (cf Politis) une sociologue, Christine César, nous exposer les conséquences sanitaires de la pauvreté en France. Elle indique par exemple que s’il est possible de s’alimenter correctement en France avec 3,60 euros par jour (le seuil de « pauvreté alimentaire ») en adoptant un régime de type « indien (riz, légumineuses, un peu de poisson séché, quelques fruits et légumes), les personnes les plus en difficulté ne disposent pour se nourrir que de 2,50 euros par jour, et que dans ces conditions, il n’est pas possible d’avoir une alimentation équilibrée. Avec 2,50 par jour, les gens vont au plus pressé, l’apport calorique, qu’ils trouvent dans des aliments gras et sucrés, et ils souffrent des maladies de la malnutrition : femmes anémiées, carences en vitamines, diabète, obésité : c’est désormais un problème de santé publique.

Enfin, on doit connaître les conséquences de notre modèle de développement, notamment alimentaire, sur « le reste du monde » !La faim dans le monde n’est pas seulement un problème de pauvreté des individus, mais aussi un problème de manque de ressources alimentaires locales, et de destruction de l’agriculture vivrière. Dans le Tiers-monde, oui, les terres cultivables disparaissent avec les sécheresses et la désertification, mais de plus en plus d’espaces cultivables sont destiné à d’autres productions que les productions vivrières : depuis la colonisation, c’étaient les cultures de rente (arachide, café, cacao, bananes) pour l’exportation, aujourd’hui, ce sont les agrocarburants : en Indonésie, les cultures de palmier à huile détruisent la forêt humide, qui est certes l’écosystème des tigres et des ourang-outans, mais aussi celui des populations indigènes qui y vivaient de cueillette, de chasse et de pêche. En Colombie, ce sont les parcelles d’agriculture vivrière qui ont été transformées, et au Sénégal, c’est le Jatropha, qu’on donnait il y a deux ans comme une plante miracle parce qu’elle pousse dans le désert, qui est désormais cultivé sur des terres arables, au détriment de l’agriculture vivrière.

Les terres de cultures vivrières locales disparaissent aussi pour approvisionner l’alimentation « carné » des pays « riches », que commencent à partager des pays émergents comme la Chine ou l’Inde, si vous avez vu Le monde selon Monsanto, et les ravages des cultures de soja OGM sur la population locale, en Uruguay par exemple, vous savez de quoi il s’agit...

J’en viens au cœur de mon propos, qui est de dire que ce n’est pas un modèle soutenable pour l’avenir, et qu’il va falloir « changer de régime ».

On a besoin, pour se nourrir correctement, d’une « quantité d’énergie » qui se mesure en calories (il en faut entre 2000 et 3000 par jour, selon l’âge, l’activité etc.) qu’on trouve principalement dans les glucides et les lipides, ainsi que d’éléments qui permettent d’entretenir et renouveler le corps humain, qu’on trouve dans les protéines (animales ou végétales, c’est à dire dans la viande ou bien dans les légumes).

Ceux qui étaient déjà nés dans les années soixante se souviennent peut-être qu’à l’époque, en France, la viande était encore rare et chère. Certaines familles des classes moyennes et modestes n’en mangeaient pas tout les jours ni tous les deux jours, parfois seulement une fois par semaine. Et pourtant, on se nourrissait ! On trouvait les protéines dans les céréales (le blé, l’avoine, le seigle) et dans les légumineuses (haricots secs, pois, lentilles), qui étaient consommées dans le même repas. Dans les pays pauvres, de tout temps, les gens se sont nourris avec des associations céréales légumineuse, c’est le couscous-pois chiches au Maghreb, le riz-soja en Asie, le mais-haricot rouges en Amérique latine, etc.

C’est dans les années 60-70, avec le développement de l’élevage intensif, en batterie, d’animaux nourris au régime maïs-soja, que la viande est devenue an France abondante et accessible à tous tous les jours. Avec les abus et les catastrophes sanitaires que nous avons tous en mémoire (veau et poulet aux hormones, poulet à la dioxine, vache folle...).

La production d’1 kg de protéines animales consomme 10 à 15 fois plus de terre agricole que la production d’1 kg de protéines végétales - et c’est une des motivations des gens qui adoptent un régime végétarien, parce que ce sont souvent des gens qui ont une conscience vive de leur empreinte écologique - , et c’est ce qui a inspirer le titre de ce débat, « c’est la crise, alors chacun pour soi ou bien on partage » ?

Changer de régime alimentaire pour aller vers moins de viande et plus de protéines végétales, ça ne va pas de soi. Ca demande de changer nos habitudes de préparation de repas, ça demande de renoncer à des menus qu’on prépare depuis des années, avec 150 g de lentilles ou 200g de blé, on a la même quantité de protéines qu’avec 100g de steack, et ça coûte 5 fois moins cher, Simplement, la viande ou le poisson contiennent toutes les catégories de protéines nécessaires, si on veut la remplacer par des protéines végétales, il faut combiner céréales et légumineuses dans le même repas. Il faut s’y habituer, apprendre, remplir autrement son panier ou son caddie !

C’est une espèce de choc culturel, parce que les années « viandes » de l’agriculture intensive sont arrivées peu après les années de privation de la guerre, et que « le steack quotidien » a pu être vécu comme une revanche après les privations, que l’accès à de la nourriture « de riches » peut être vécue comme une conquête des classes moyennes. (de même qu’elle est vécue comme une conquête par les nouvelles classes moyennes des pays émergents, et on peut difficilement le leur reprocher !)

Ca demande une éducation des enfants à des goûts différents, et ça passe notamment par les menus des cantines.

Je travaille pour une élue Verte d’Alfortville, Edwige Fadeieff, qui est vice-présidente de la communauté d’agglomération de Plaine centrale du Val de Marne, en charge de la restauration collective. 11 000 repas par jour pour les enfants de 3 à 11 ans, et 650 repas servis à domicile et dans les résidences de personnes âgées. Edwige se bat depuis 4 ans pour introduire des produits de l’agriculture biologique dans les cantines, aujourd’hui, nous en sommes à « des fruits bio une semaine sur deux », et « du pain bio une semaine sur quatre ». Dans cette démarche d’introduction des produits bio dans les cantines, pour faire face aux surcoûts que représentent les produits bio, nous préparons le remplacement d’une partie de la viande par des protéines végétales. C’est une démarche longue, parce qu’il faut emporter l’adhésion des responsables de la cuisine, et celle de la diététicienne, parce que c’est une démarche qui remet en cause leur certitude de « bien faire ». Ils viennent d’accepter d’aller suivre une formation spécifique. Et c’est l’argument « autrefois, on ne mangeait pas tant de viande, et pourtant, nos mères savaient nous nourrir », qui les a convaincu d’y aller.

Il y a donc une convergence entre « manger plus sain » et manger moins de viande, pour manger moins cher et pour mieux partager les ressources de la planète.

Signalons encore un point : que Marc Dufumier, professeur à l’Agro, qui intervient dans le film « Nos enfants nous accuserons », pour proposer que l’argent de la PAC soit distribué non pas aux géants de l’agroalimentaire mais à la restauration collective, pour améliorer la qualité des repas et soutenir la demande des produits de l’agriculture biologique, membre de notre groupe mais malheureusement en déplacement aujourd’hui, est signataire du rassemblement Europe-Ecologie,

En conclusion : pour sortir de cette crise alimentaire, sanitaire, pour nourrir 9 milliards d’habitants en 2050, les solutions existent, elles sont individuelles, collectives, locales, régionales, européennes, ce sont celle d’Europe Écologie, alors apprenez à cuisiner les pois chiches, votez Europe Ecologie, et parlez-en à vos ami-e-s ! Il nous reste 10 jours pour convaincre ...

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