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de 2002 à 2010

Plénière 1

Quelles sont les valeurs qui nous rassemblent ?

Convention IDF du 8 mai

dimanche 30 mai 2010

Compte-rendu de la pleinière animée par Pascal Durand, avec Eva Joly, Dany Cohn-Bendit et Cécile Duflot.
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Eva Joly

La responsabilité comme éthique politique.

Une des valeurs importantes à souligner dans le mouvement de l’écologie politique est la responsabilité. Dans une société marquée par l’injustice, notamment celui du monde financier, cette notion est essentielle comme éthique de nos actes.

La crise marque d’autant plus crûment cette injustice, au travers de ce que l’on impose à la Grèce, à l’Islande, avec des plans de restructuration révoltants sans prendre en considération les citoyens. Ce ne sont pas les citoyens qui sont responsables de cette crise.

L’espoir de construire ensemble une alternative politique tient dans la croyance en l’existence d’un bien commun. On ne crée pas de la richesse pour quelques-uns mais bien de la richesse pour tous. C’est aussi notre responsabilité.

C’est une question essentielle et urgente. Si nous ne le faisons pas, personne ne le fera. Aujourd’hui ce qui se passe en Grèce, en Islande, ne s’arrêtera pas là. Quand on voit l’endettement de l’Espagne, de l’Angleterre, de l’Italie, de la France, le processus va perdurer. Or, face à cela, il n’y a pas de réponse politique en France, ni du côté de l’UMP, ni du côté du PS.

Notre responsabilité politique, c’est la transformation de notre système, notamment financier, et d’être crédible sur tous les sujets et que toutes les questions importantes : finances, sécurité, redressement de la Grèce.

Dany Cohn-Bendit

3 valeurs fondamentales : l’éthique, l’autonomie politique et l’utopie.

L’écologie politique est la réponse aux crises que nous traversons et que ne peuvent donner les autres modèles politiques (le socialisme, la droite).

Une de nos valeurs politiques est l’Autonomie. L’Écologie Politique a émergé en tant que critique des deux autres systèmes (socialisme et capitalisme).

L’éthique pour redonner enfin une dimension éthique à la politique. C’est faire de la politique autrement avec un certain réalisme et une colonne vertébrale éthique. En rupture avec les systèmes politiques actuels. L’écologie politique, nous avons une histoire qui nous oblige à faire l’inventaire de notre histoire, pour simplement la comprendre. Un des enjeux des prochains mois est de discuter entre nous de notre présupposé éthique, être à la hauteur dans nos pratiques politiques. C’est la condition pour être en rupture avec un système et formuler une alternative.

L’utopie, une idée qui doit continuer à exister. L’utopie réaliste, pas simplement abstraite, d’une société plus douce. Nous voulons quelque chose qui nous permette de sortir de la réalité, mais pas une construction fermée « hors-sol », pas la secte néolibérale (avec l’utopie du marché qui est hors-sol, les marchés sont « hors sol »), pas le communisme qui fut une construction abstraite et une réalité violente. Nous devons partir de la réalité, c’est notre responsabilité, et vivre et formuler un désir d’utopie. C’est le désir qui nous fait avancer, qui permet de survivre. Notre différence se fera sur la capacité d’auto critique, quelque chose à défendre, mais en étant conscient que l’on part d’une certaine réalité.

Deux principes pour construire l’avenir d’EE : le parler vrai et la transparence.

Le parler vrai et la transparence. Les logiques de regroupement, qui définissent la vérité du mensonge, sont éculées. On sait bien que ce ne n’est pas vrai. Nous sommes en train de construire Europe écologie. Oui il y a des différences. Et personne ne maîtrise tout car, oui, il y a une dynamique qu’on ne maîtrise plus.

Europe écologie est un désir, une utopie ancrée dans la réalité. C’est une projection de ce dont a rêvé pendant des années. Notre problème est de faire de ces projections multiples, un projet collectif qui fonctionne. Une base pour que cela fonctionne est d’instaurer le parler vrai, en définissant des étapes réalistes et crédibles pas pour les 15 ans à venir, mais pour gérer 2011, 2012.Puis on se reposera la question pour continuer à transformer Europe écologie pour les années qui viennent. C’est notre devoir collectif.

L’enjeu : la constitution d’une force autonome pour les deux prochaines années.

Il existe une angoisse de certains verts que ceux du « canal historique » d’Europe écologie créent une autre structure type Génération écologie, tout le monde connaît cette histoire, ce n’est pas ce que nous voulons faire. Ce n’est pas notre histoire, et ce fut un échec.Nous devons parvenir collectivement (verts, non-verts, divers, ouverts…) à cette création collective.

C’est de la gestion de notre autonomie dont il s’agit, Castoriadis en écrit 2000 pages de théorie (Carrefours du labyrinthe), mais aussi Guattari (Utopie et désir), Deleuze, Morin. Nous avons tous des racines politiques, des penseurs de notre culture de l’écologie politique auxquels nous nous référons, qui ont explicité les fondamentaux des forces politiques autonomes et esquisser une définition de la complexité.

La question maintenant est de savoir si, dans cette phase jusqu’à 2012, Europe écologie est possible ou non ?

De la complexité à constituer une organisation démocratique sans sclérose.

Notre pari au départ naissait d’une aspiration démocratique. Alors qu’au départ, à la naissance d’Europe écologie, nous n’étions pas dans un processus démocratique, exactement comme ce fut le cas pour la création de l’Union Européenne. Le BE, le CAP (national ou régional), ce ne sont pas des institutions démocratiques. Mais l’important est de savoir qu’on se situe dans un processus.

Fin 2010, nous aurons une structure commune avec des règles de fonctionnement. Mais attention dès le départ, à la dynamique de sclérose inhérente à la création d’une organisation. Nous devons en être conscient.

Nous devrons aussi savoir accueillir des personnes auto proclamées, s’ouvrir à d’autres personnalités, élargissement. Pour cela, à côté des formes de démocratie que nous retiendrons, il faudra une structure de « sages » (extérieure) qui remettent en question et garantissent l’ouverture permanente d’Europe écologie.

Et c’est d’autant plus important que toute une série de questions se posent à nous : Comment décider collectivement des candidats pour les 80 ou 100 députés ? Avec quelle légitimité ? Quelles seront les autres personnalités qui nous rejoindront ? Comment les accueillir ?Comment gérer le passage par les fourches caudines de notre future organisation ?

Cécile Duflot

Faire le lien entre les deux sujets : valeurs et structuration. Le débat sur les valeurs est essentiel. Et pour moi l’engagement politique est lié à la question des valeurs.

L’engagement politique dans un parti, c’est de croire que l’on peut en tant qu’être humain agir sur le fonctionnement de nos sociétés, qu’on ne subit pas l’ordre établi qu’il sot naturel ou le fait de quelques uns.

L’écologie politique : une utopie modeste basée sur des valeurs fondamentales

Une question générationnelle : les utopies se sont fracassées pour nous qui nous sommes nés dans les années 1975. D’autres ont vécu de vraies utopies. Nous devons penser en parallèle utopie et modestie. Ce qui distingue l’écologie c’est qu’elle n’a pas pour vocation à proposer un modèle, elle ouvre une nouvelle voie (Morin) et permet de penser la complexité. Nous devons reconnaître qu’on peut imaginer, proposer des modèles différents.

L’utopie néolibérale est très idéologique. L’écologie politique résiste à l’analyse. C’est une résistance au productivisme, à la logique de la croissance.

Les Verts d’aujourd’hui ne sont pas ceux de 1984. L’appareil doit être capable de se dessaisir de ses prérogatives. C’est aussi cela, être écologique.

À cela s’ajoute un héritage libertaire, la défense des libertés publiques. Un travail considérable à faire alors que l’on croise dans notre action des maires aux pratiques douteuses.

La défense du féminisme et de l’égalité des droits. Le ministre, avec lequel on vient d’avoir un échange sur les retraites, semble considérer comme normales, les inégalités les plus criantes. Nous refusons la loi du plus fort.

Notre logique est celle du partage et de la sobriété. Nous ne sommes pas là pour rendre les gens heureux, nous devons créer les conditions, donner à chacun les possibilités de sa propre émancipation, de ses propres choix. C’est cela, le sens du bien commun.

De la nécessité de lier organisation et projet.

Pour mettre en œuvre cela, il est nécessaire de faire le lien entre projet et organisation. Il n’y a pas de modèle unique avec l’organisation qui va prendre le pouvoir pour mettre en place ce modèle. Nous devons approcher la complexité avec subtilité et modestie. Trouver la « meilleure voie » pour citer Edgar Morin.


Discussions

Eva Joly

La radicalité s’inscrit aussi dans une forme d’efficacité.

Nous sommes des « insiders ». Nous devons être imbattables en matière de régulation financière. Nous devons être radical et efficace et travailler à la compréhension des mécanismes, pour en améliorer les fonctionnements. C’est la condition pour porter nos valeurs et ne pas accepter les injustices. Pour cela, nous n’avons pas d’autres choix que d’agir en utilisant les mêmes moyens qu’eux. Nous n’avons pas le choix, quand le président dit que « l’écologie, ça commence à bien faire ». Nous ne pouvons pas accepter le renoncement aux promesses, nos devons imposer nos objectifs.

Une crise alimentaire s’annonce avec une pression terrible sur les prix des matières premières. Il y a une tentation de repli. Nous devons lutter pour la justice entre le Nord et le Sud et dans notre pays.

L’exemple de la crise en Islande et du volcan qui a paralysé le trafic aérien pendant plusieurs, c’est l’image de la solidarité inversée.

Enfin, le rapport de plusieurs milliers de pages qui a été rédigé dans le cadre de l’enquête menée sur la crise financière, les Islandais le lisent partout, ils se l’approprient. Nous devons réfléchir à comment rendre la démocratie vivante, rendre le bien commun. C’est une utopie possible. Nous le ferons.

Dany Cohn-Bendit

L’exemple de la crise en Grèce.

Sur la Grèce, Pascal Canfin et le Groupe verts au Parlement ont travaillé sur les réformes nécessaires au niveau de l’Europe. Le FMI doit travailler avec le BIT, pour venir en aide aux salariés. Pourquoi pas la Direction Générale des Finances et de l’Emploi ? Il faut laisser du temps aux Grecs. Remettre en cause la politique et les dépenses d’armement mais aussi le poids de l’église Orthodoxe, 95 % des Popes sont fonctionnaires. Le plus grand propriétaire foncier de la Grèce, c’est l’église !

Cécile Duflot

L’organisation comme outil de transformation

Pourquoi un appareil politique ? Pour se donner les moyens d’agir politiquement. Mais il nous faut être attentif à ne pas devenir un outil d’organisation. Il y a une nécessité de se régénérer dans un système très conservateur. C’est toujours à réinventer : l’organisation est avant tout un moyen d’aboutir et de changer les choses. Remettons l’ouvrage sur le métier, notamment sur la question du processus de désignation. Nous devons savoir être accueillant, y compris pour des gens qui ne se sont jamais engagés. C’est avoir envie, d’une utopie, d’un projet.


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