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de 2002 à 2010

Atelier

Préciser les valeurs de l’écologie

Convention IDF du 8 mai

dimanche 30 mai 2010

Compte-rendu de l’atelier animé par Isabelle Agier-Cabane, avec Alain Lipietz, Caroline Mécary et Denis Baupin
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L’atelier comportait trois intervenants : Alain Lipietz, Caroline Mécary et Denis Baupin.

Il s’est articulé en un double questionnement :

  • comment définir les valeurs fondamentales de l’écologie politique ?
  • Comment concevoir une pratique politique conciliant l’utopie et le pragmatisme ?

I Mieux définir nos valeurs fondamentales

Questionnement. Comment définir nos valeurs fondamentales par rapport à la trilogie républicaine : liberté, égalité, fraternité ? En quoi notre projet politique se différentie-t-il de ceux des autres forces politiques ? En quoi est-il porteur d’une dimension émancipatrice ? Intervention de Caroline Mecary

Bien évidemment, dans nos valeurs, nous avons la solidarité et la recherche du respect de l’écologie, c’est-à-dire de l’environnement, c’est-à-dire la nécessité de replacer la place de l’individu, du citoyen, dans son environnement général. Cet environnement est à la fois économique, social, territorial et bien évidemment environnemental.

Les valeurs portées par EUROPE ECOLOGIE sont d’abord les valeurs prônées par la République, c’est-à-dire la Liberté, l’Egalité et la Fraternité, à laquelle s’ajoute la laïcité. A partir de ces valeurs qui pour certaine peuvent être déclinées de la façon suivante ;pour la liberté en autonomie, pour l’égalité en solidarité, et pour la fraternité en responsabilité.

Toutefois, l’égalité en elle-même demeure pour nous un impératif en tant qu’elle est conçue comme une égalité de traitement entre les personnes. Une égalité de traitement homme-femme, qui s’est traduit notamment par la parité (application de l’adage entre le fort et le faible, c’est la loi la liberté qui opprime et la loi qui libère). Cela s’inscrit évidemment dans la notion de la nécessaire émancipation que l’on retrouve dans les groupes sociaux qui, à un moment ou à un autre de l’histoire, se sont retrouvés dominés.

L’égalité de traitement, c’est aussi l’égalité entre les différents groupes sociaux porteurs de différences, qu’elles soient raciales, sexuelles, liées à la maladie, économiques, sociales, écologiques, territoriales.

Nous devons également veiller au maintien du lien social et à sa traduction politique, à savoir la participation aux institutions. En ce sens, l’abstention est pour nous un sujet de préoccupation dans la mesure où faire de la politique c’est aussi la nécessité de reconquérir les classes qui se désintéressent de la politique. Pour toutes ces raisons, nous sommes porteurs d’une radicalité. (cf II)

Intervention d’Alain Lipietz

Fondamentalement, trois valeurs phares balisent l’écologie politique, la « délimitent » par rapport à d’autres courants : l’autonomie, la solidarité et la responsabilité, les nécessaires conflits entre les trois devant être réglées par la démocratie et la non-violence.

Ces trois valeurs renvoient évidemment à l’écologie scientifique : un organisme, c’est ce qui est doté d’autonomie, un système se caractérise par la solidarité du tout et des parties, et cela à travers le temps. Mais ce sont évidemment les circonstances mêmes du développement de l’écologie politique (les années 1960 à 90), et l’accent mis sur ces valeurs par les mouvements sociaux constitutifs de l’écologie politique, qui ont questionné des valeurs bien plus anciennes du camp progressiste en France, y compris les valeurs de la Révolution Française : Liberté, égalité, fraternité.

Une façon commode d’approfondir les notions « autonomie, solidarité, responsabilité » est de les comparer avec les valeurs « progressistes" correspondantes, celles de la République libérale et celle des idéaux socialistes des deux derniers siècles.

Par « autonomie », nous visons la capacité des personnes ou des groupes de personnes à se fixer leurs propres buts et « voir le bout de leurs actes ». Ce n’est pas seulement la liberté au sens libéral du terme (par opposition à la dictature et l’absolutisme), pas seulement la liberté de faire, mais de maîtriser ce que l’on fait.

La « solidarité », c’est bien sûr l’affirmation de l’égalité en droit et dignité, mais une égalité qui n’est pas seulement affirmée au départ (et « que le meilleur gagne », comme dans le libéralisme du 18ème siècle), ni une égalité niveleuse à obtenir comme résultat (comme le socialisme de la première moitié du 20ème siècle). C’est le refus que quiconque soit laissé sur le bord de la route : quelles que soit les injustices et les erreurs de la liberté, chacun doit être en permanence remis en position de vivre une vie digne et autonome.

La « responsabilité », c’est la capacité et le devoir de répondre à la question « qu’as-tu fait ? » : « qu’as-tu fait aux autres ? », « qu’as-tu fait à l’environnement ? ». Il s’agit de la valeur la plus nouvelle apportée par l’écologie politique, par sa compréhension des conséquences à long terme et à longue portée de certains de nos actes, résultant de notre liberté et qui, alors même que nous les pensions « solidaires », peuvent se révéler nuisibles à d’autres humains ou à d’autres êtres vivants, plus tard, plus loin.

Cette dernière valeur est évidemment la « signature » la plus lisible de l’écologie politique, ce qu’elle a apporté de franchement nouveau par rapport au libéralisme politique et au socialisme. Nouveauté qui repose sur la prise de conscience du caractère limité de biens communs, principalement l’environnement, comme médiation entre soi et les autres, entre une société et son avenir. Dégrader l’environnement, même dans une politique libertaire et à court terme d’apparence solidaire et progressiste (selon les conceptions « progressistes » anciennes : produire et distribuer) peut s’avérer pervers de manière cachée, pour autrui et pour nous-mêmes, et de ces négligences nous devons rendre compte. D’où les valeurs dérivées, plus concrètes, de l’écologie politique, telle la protection de la biodiversité etc.

Deux champs d’application de ces valeurs reformulées méritent particulièrement notre attention : le féminisme et l’économie sociale et solidaire.

Le féminisme est né d’un mouvement social parallèle à l’écologie politique, mais, au nom de leurs valeurs, les écologistes ne peuvent être que féministes, même si l’inverse n’est pas forcément vrai, évidemment. La notion de solidarité inclut l’égalité de droit entre hommes et femmes, non pas comme une donnée, ni comme un résultat nivelant les différences, mais comme un mouvement toujours renouvelé d’effacement des inégalités. Elle implique une conception du féminisme qui rejette l’universalisme abstrait et prend en compte la réalité multiséculaire de l’oppression, et donc des points de vue différents sur le monde entre les deux genres. Le principe d’autonomie des écologistes les pousse à reconnaître la nécessité pour les femmes d’avoir des temps d’autonomie parallèlement à des temps de mixité politique et sociale. Le principe de responsabilité amène à rechercher dans les comportements quotidiens du passé et du présent les déterminants concrets de l’oppression et de l’inégalité des femmes, etc.

L’économie sociale et solidaire, particulièrement adaptée aux services à des communautés d’ampleur petite et moyenne, est une économie composée d’unités de production à la fois sociales (c’est-à-dire, définie par les deux principes : « une personne - une voix » et non-lucrativité ; il s’agit essentiellement des coopératives, associations et mutuelles) et solidaires (c’est-à-dire prenant en compte, parmi leurs buts, les effets, y compris non-marchands, de leurs actions sur le reste de la communauté). Par exemple : une entreprise d’insertion au métier de la restauration, installée dans une cité HLM, formant les chômeurs, ouvrant ces locaux aux associations d’habitants, servant des repas à bas prix.

L’économie sociale et solidaire, par son caractère « social » (coopératif ou mutualiste) exprime l’autonomie du groupe et des individus qui le compose. Sa liaison à la communauté et au territoire permet la mise en acte des valeurs d’autonomie, de solidarité et de responsabilité.

Pour toutes ces raisons et d’autres encore, l’écologie politique s’inscrit, d’un point de vue historique, dans le camp progressiste.

Intervention de Denis Baupin

Denis Baupin insiste sur la dimension concrète de ces valeurs dès lors qu’il s’agit de faire de « la politique autrement ». Dépasser la tension entre l’idéal projeté et l’imperfection de l’action nous conduit aussi à inventer des oxymores qui tentent de réunir les deux facettes. Certains parlent de « réformisme radical ». Je parle moi de « radicalité efficace », mais il s’agit bien de la même chose : comment, dans un milieu peu accueillant pour nos idées, réussir à poser des jalons certes incomplets et imparfaits, mais qui servent de points d’appui pour la suite. Et c’est d’autant plus difficile qu’il n’est alors pas toujours possible de rendre lisible pour le plus grand nombre le sens de ces quelques jalons posés. J’en ai fait l’expérience par exemple à Paris quand nos premiers travaux de restriction de la circulation automobile n’étaient pas accompagnés du renforcement des transports collectifs. Malgré tout, a posteriori, maintenant que l’action est clairement lisible, non seulement le sens en apparaît clair au plus grand nombre, mais en plus pertinent et à prolonger. Plus que jamais, notre écologie se doit d’être un humanisme, un humanisme qui s’appui sur le meilleur de l’humain pour construire la métamorphose portée par Edgar Morin.

Interventions du public

Diverses interventions soulignent l’importance, pour les écologistes, de s’inscrire dans la défense des diverses causes progressistes : le féminisme, la lutte contre les inégalités…en même temps que de s’engager pour la défense de la planète, ces deux aspects étant perçus comme étroitement liés. Mireille Ferri souligne l’importance du thème de l’émancipation individuelle et collective comme déclinaison de la valeur-liberté. Jean-Marc Fert souligne l’attachement des écologistes à l’anti-autoritarisme, à la transparence et au souci de la responsabilité de l’avenir qui est souci de la responsabilité des autres à venir, souci du durable.

II. Pour une utopie pragmatique

Questionnement

Au cours de la première partie du débat est apparu de manière prégnante le souci de concilier le respect des valeurs fondamentales de l’écologie avec la politique au quotidien, qu’il s’agisse de la participation de nos élus aux institutions nationales et locales ou de la manière de gérer le mouvement lui-même. Cette synthèse de l’utopie et du pragmatisme est-elle possible ? Si oui, à quelles conditions ? Comment définir cette façon de faire de la politique ?

Intervention d’Alain Lipietz

Le « réformisme radical » (comme l’« l’utopie concrète », ou toute autre formulation de ce ) est l’une des caractéristiques les plus importantes du positionnement politique de l’écologie. Plus importante même que la question « à gauche », « ni droite, ni gauche », ou « ailleurs ! Pour celles et ceux d’entre nous qui venons d’une expérience progressiste antérieure, comme la gauche socialiste ou communiste, ce fut probablement un choc de mesurer l’ampleur des transformations dans la vie des sociétés humaines qu’implique l’écologie politique. Bien au-delà des droits de l’homme ou de la redistribution des richesses, du pouvoir et de la propriété, l’écologie politique exige une transformation profonde de la vie matérielle, de la façon même de produire, de consommer, de partager la vie de la communauté. En ce sens, elle apparaît comme plus « radicale » (allant plus à la racine des choses) que toutes les idéologies progressistes antérieures.

Du mot « radical » à « révolutionnaire », il n’y a qu’un pas que l’on franchit facilement quand on parle de « révolution énergétique », « révolution des transports ». Mais, en français, le mot révolution est connoté non par ses buts (que l’on relègue dans les adjectifs : révolution socialiste, révolution démocratique) mais par ses moyens, que l’on oppose à « réforme ». La révolution c’est violent, rapide, extra-institutionnel et parfois sanglant. La réforme c’est progressif, pacifique, négocié dans un cadre institutionnel avec des moyens de pression non-violents même s’ils sont extra-légaux : campagnes de presse, manifestations, grèves, boycott, élections, négociations contractuelles. Les valeurs de l’écologie politique poussent clairement au choix de la réforme si, par ce mot, on s’oppose à révolution brutale. Nous affirmons que la démocratie et la non-violence sont les moyens de résoudre les conflits, nous sommes responsables des coûts collatéraux d’une révolution violente. Nous refusons l’irresponsabilité bonapartiste et léniniste « On s’avance, et puis on voit », nous ne nous défaussons pas de la responsabilité de ce qui se passera après la révolution au nom du « Nous n’avons pas voulu cela ». Nous prônons l’autonomie de chacun et non pas la dictature de quelques soi-disant éclairés. L’écologie politique est donc un « réformisme radical » : ni réformisme d’accompagnement ni espérance du Grand Soir. C’est ce que nous rappelons en rétablissant l’intégralité de la citation de Paul Eluard : « Un autre monde est possible, mais il est dans celui-ci ». On chemine dans le réel et on le transforme.

Mais il y a une raison plus profonde : nous n’avons pas la même conception du temps que les révolutionnaires de jadis. Nous ne pensons pas que le temps « joue pour nous », mais qu’il joue contre nous. C’est ce qu’exprimait ici même notre ami Jacques Perreux, second de liste d’Europe-Ecologie et encore vice-président communiste du Val-de-Marne au 31 décembre 09. « Qu’une révolution socialiste soit retardée de 10 ans c’est, au yeux d’un marxiste, très dommage pour les exploités et les opprimés qui doivent attendre, mais ça ne change rien au contenu du passage au socialisme, et le développement des forces productives aplanit plutôt les difficultés. En devenant écologiste, je me suis rendu compte du contraire : chaque jour qui passe entraîne davantage de pollutions que nous ne rattraperons jamais et de destructions irréversibles de notre cadre de vie. » Cette remarque est très juste, elle vaut pour l’effet de serre, la dégradation de la biodiversité, l’accumulation des polluants dans l’eau et la terre. Et n’oublions pas qu’elle valait déjà pour les exploités et les opprimés qui devaient « attendre » leur émancipation ! La radicalité d’une politique écologiste se mesure donc non seulement à son intensité, mais également à la date à laquelle elle intervient. Mieux vaut réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30 % dans les 10 prochaines années que de 50 % à partir de 2030.

Intervention de Denis Baupin

Faire de la politique autrement, c’est aussi se poser la question de la façon dont nous faisons de la politique. « Autrement » disons-nous, ce qui ne dit pas grand chose et cache souvent des aspirations non explicitées car contradictoires. L’une des pistes pour moi primordiales, même si nous tâtonnons beaucoup en la matière, et qu’Europe Ecologie nous permettra peut-être de concrétiser enfin, c’est de ne pas constituer une organisation politique déconnectée du reste de la société, et notamment de tous les corps sociaux indispensables quand il faut non seulement penser le changement mais le mettre en oeuvre. Trop souvent, faute de ces liens travaillés dans la durée, nous nous sommes retrouvés forts démunis lorsque confrontés aux rapports de force brutaux dans les institutions. De ce point de vue, les réflexions lancées lors de la réunion Europe Ecologie du 7 mai dans le 20ème arrondissement sont particulièrement stimulantes : comment, dans les quartiers qui ont vu naître les premières coopératives ouvrières inventer de nouvelles formes de coopératives sociales et écologiques répondant aux besoins concrets renforcés par la crise (problèmes des biffins à la Porte de Montreuil par exemple, où se retrouvent face à face très pauvres et un peu moins pauvres), et où l’idée de coopérative politique lancée par Dany ne débouche pas seulement sur une coopérative entre politiques mais avec la population ?

Intervention de Caroline Mecary

Nous sommes porteurs d’une utopie réaliste, c’est-à-dire qui, à la fois, prend racine dans la réalité d’aujourd’hui et est porteuse d’un nouveau projet qui a pour objectif de changer notre rapport au monde, notre mode de production. Nous sommes d’accords sur le constat de la faillite du productivisme et de la course au profit qui, n’est que l’un des avatars de la loi du plus fort. En ce sens l’écologie politique est une voie nouvelle et non un modèle, une voie pragmatique avec sa diversité et son pluralisme, qui rompt avec les solutions traditionnelles du capitalisme et du socialisme. Et même s’il y a une apparente contradiction entre ce dont nous sommes porteurs, (sur le fond nous avons des options qui sont régulatrices voire dirigistes) et notre aspiration au respect de la liberté, nous pouvons résoudre cette apparente contradiction en garantissant une diversité de choix car la liberté en réalité toujours liée au respect de la pluralité des choix possibles.

Interventions du public

Gaël Lancelot se demande si « faire de la politique autrement », ce n’est pas, aussi, reconnaître le droit à l’erreur du politique, sa faillibilité. L’honnêteté intellectuelle doit être plus souvent pratiquée et valorisée comme une vertu politique. Jean-Marc Fert rejoint cette thématique en critiquant les politiques de l’infaillibilité. Quant à l’utopie concrète, Gilles Lemaire rappelle que l’initiative de Cochabamba tend à rassembler tous ceux qui font le vœu de préserver la planète, que les Indiens appellent très justement la Déesse Mère.


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