Archives des Verts IDF Archives des Verts IDF
Archives des Verts IDF
de 2002 à 2010

Le mode de développement actuel aggrave les inégalités sociales et territoriales

Contribution des Verts IDF au Schéma Directeur d’Ile de France

jeudi 2 mars 2006

Envoyer à un ami
Version imprimable de cet article

Le développement actuel de l’Ile de France, soumis à la logique de la mondialisation, voit s’accroître gravement les déséquilibres sociaux et territoriaux ainsi que la pression sur les ressources et milieux naturels, au détriment de la qualité de vie d’une majorité de Francilien[ne]s. Les perspectives de hausse durable du prix du pétrole, de vieillissement de la population, l’ampleur des phénomènes de précarité, multiplient les risques d’exclusion et obligent à revoir en profondeur les priorités de l’aménagement de notre territoire, sous peine d’être confrontés à de graves crises sociales. L’éco-région est un choix politique fort que nous portons, c’est aussi une nécessité, si nous voulons laisser à nos enfants une région vivable.

La richesse économique de l’Ile de France est très inégalement répartie, elle s’accompagne, parfois au coeur même des territoires les plus riches, de zones de grande pauvreté. Les déséquilibres spatiaux s’accentuent : déséquilibre entre le sud-ouest et le nord-est de la région ; entre la localisation des emplois - qui se concentrent sur quelques grands pôles, et celle de l’habitat, qui s’étend en périphérie ; entre la nature des emplois et la qualification de la population. Le projet défendu par le gouvernement de renforcer l’attractivité de la région en attirant les sièges sociaux des firmes multi-nationales et en concentrant le développement sur quelques « pôles d’excellence », situés le plus souvent en zone dense, ne peut que renforcer les déséquilibres et le mal-être des quartiers défavorisés.

Ce projet, inspiré par la seule logique de rentabilité financière, n’est pas le nôtre. Nous ne voulons pas développer l’Ile de France au détriment des autres régions, sous prétexte que nous n’aurions d’autre choix que celui de nous inscrire dans un modèle de compétition économique entre les grandes métropoles européennes. Ce choix, qui réduirait les politiques sociales et environnementales à de simples actions d’accompagnement, serait lourd de crises pour l’avenir.

Une autre logique : placer l’humain au cœur du projet de développement de l’IDF

Nous voulons une région attrayante pour ses habitantes et ses habitants, une région où il fait bon vivre, une région solidaire avec ses différentes populations et avec les régions voisines, une région respectueuse de ses ressources naturelles et qui contribue à la lutte contre le changement climatique.

C’est pourquoi nous soutenons les orientations suivantes pour le SDRIF, tout en soulignant qu’elles ne pourront être mises en œuvre que si l’ensemble des politiques publiques y concourent. Cela implique plusieurs conditions :
une adhésion suffisante de la population au projet pour l’Ile de France qu’exprimera le SDRIF ;
un schéma suffisamment prescriptif ;
des outils régionaux de mise en œuvre (comme l’Etablissement public foncier) et d’évaluation ;
la cohérence de la programmation des contrats de plan avec les orientations du SDRIF ;
l’usage par la région des outils dont elle dispose pour orienter le comportement des autres acteurs, par exemple, en fixant des conditions à l’octroi des aides régionales (aides réduites ou pas d’aides du tout aux communes qui ne respectent pas la loi en matière de logement social, d’accueil des gens du voyage, etc., subventions aux constructions conditionnées par leur réalisation en HQE, aides modulées en fonction de la nature et de la localisation des projets ), en menant une politique active pour impulser la réalisation de constructions autonomes sur le plan énergétique, voire à énergie positive...

Mais les politiques régionales ne sont pas seules en cause, ce devoir de cohérence concerne toutes les politiques publiques, celles des communes, des départements, celles de l’Etat qui conserve un rôle majeur, par ses politiques sectorielles comme les aides à l’agriculture ou par le cadre qu’il fixe pour la fiscalité locale ou pour la coopération entre les collectivités territoriales.

  • 1) Répartir les emplois dans les bassins de vie

Nous refusons la course au gigantisme de l’IDF et la poursuite de la logique d’hyper-concentration de l’activité économique et donc des emplois dans de grands pôles (le gouvernement annonce 850.000 m² de bureaux supplémentaires à la Défense, la création d’une opération d’intérêt national sur le plateau de Saclay), qui accentuent les disparités régionales et aggravent les problèmes de transport et d’accès au logement.

Face à cette spécialisation poussée à l’extrême des territoires, nous entendons promouvoir un schéma de développement plus équilibré, fondé sur une pluralité de pôles d’activités industrielles et de services de taille diversifiée, ancrés dans leurs territoires, dont la vocation serait confortée par la proximité de formations adaptées et de moyens en recherche-développement, et permettant d’offrir des emplois aux populations voisines. Devraient être privilégiées les activités concourant à la préservation de l’environnement, comme les énergies renouvelables.

Cette approche du développement doit être élargie aux « périphéries » de l’Ile de France, et donner lieu à des coopérations avec les régions voisines. Parallèlement, des dispositions doivent être inscrites dans le SDRIF, afin de plafonner la construction de bureaux dans l’ouest parisien.

  • 2) Organiser des territoires à taille humaine

Le schéma d’organisation polycentrique de l’IDF doit être mis en oeuvre de manière résolue ; il s’oppose à la poursuite d’un étalement urbain mal maîtrisé, qui fait insidieusement disparaître espaces naturels et agriculture de proximité, génère des flux croissants de trafic automobile et fait subir des coûts importants à la collectivité. L’urbanisation future de l’Ile de France doit refléter notre vision de la région.

C’est pourquoi, elle doit s’accompagner d’une densification de l’occupation de l’espace - dans laquelle la maison individuelle peut conserver une certaine place - , afin de créer ou de recréer de la ville là où il n’y en a pas ou plus, c’est à dire d’organiser des territoires à taille humaine (où l’on puisse se déplacer autrement qu’en voiture), présentant un équilibre entre logements, emplois (en veillant à leur accessibilité aux populations locales), équipements publics et services de proximité, assurant la présence de la nature en ville, avec des espaces publics de qualité et des moyens de déplacements internes diversifiés : transports collectifs adaptés au niveau de densité et modes de déplacements doux marche, bicyclette) Cet objectif de qualité urbaine - ce que d’aucuns qualifient de ville « à courtes distances » - doit prendre en compte la diversité des besoins des populations et les évolutions démographiques futures.

Cette densification concerne certains territoires de la première couronne, bénéficiant d’une bonne desserte en transports collectifs, mais aussi les villes nouvelles et un petit nombre de pôles de la grande couronne (qui accueille aujourd’hui, ne l’oublions pas, l’essentiel de l’accroissement de la population francilienne).

Elle doit s’accompagner de prescriptions fortes pour préserver les espaces naturels et agricoles et les coupures vertes.

  • 3) Rompre avec le tout routier

L’organisation des transports doit être cohérente avec le schéma d’organisation de l’espace et prendre en compte les différentes échelles de déplacements. Elle doit répondre à plusieurs objectifs :

  • assurer l’accessibilité aux services et aux emplois à toutes les catégories de population par des modes doux ou des transports collectifs adaptés ;
  • résorber les retards criants en transports collectifs dans une grande partie de la petite et de la grande couronne, en privilégiant les liaisons de banlieue à banlieue ;
  • réduire la place de l’automobile, enjeu environnemental, mais aussi enjeu social avec la hausse durable du prix des carburants ;
  • réduire les nuisances liées au transport routier de marchandises, par des transferts modaux facilités par des zones logistiques desservies par le rail et la voie d’eau.

Afin de permettre la mise en œuvre de ces objectifs, le SDRIF doit fixer des règles, conditionnant l’implantation d’équipements générateurs de trafic à leur desserte en transports collectifs. Il doit prévoir les emprises nécessaires à la réalisation de réseaux maillés de transports collectifs, sans oublier les autobus dans les zones moins denses, ce qui peut conduire à récupérer à cette fin certaines emprises routières. La priorité absolue donnée aux transports collectifs est incompatible avec la construction d’autoroutes nouvelles. Le schéma directeur de 1994 devra être révisé à cette fin, avec la suppression d’un certain nombre de projets, comme le prolongement de l’A12 et de l’A16, l’A104, le dédoublement du tronc commun A4-A86.

Nous demandons, en outre, le plafonnement de l’activité aérienne, en recentrant l’usage des aéroports sur le transport international, ainsi qu’une politique active de réduction des nuisances.

  • 4) Pour une agriculture respectueuse de l’environnement et qui nourrit les Francilien[ne]s

Nous considérons que l’avenir de l’agriculture francilienne constitue une question majeure, qui devrait occuper une place beaucoup plus importante dans les réflexions du SDRIF. C’est d’autant plus nécessaire qu’à l’horizon de 20 ans du schéma directeur le contexte aura considérablement changé, avec une énergie beaucoup plus chère, une PAC profondément transformée, et les questions de l’indépendance alimentaire, de la qualité de l’alimentation, de la maîtrise des ressources en eau auront pris davantage encore d’importance ; en outre, les espaces agricoles contribuent, avec les espaces naturels, à la trame de la ceinture verte, essentielle à la respiration de l’éco-région, et ils remplissent une fonction sociale et éducative. Nous refusons un avenir dans lequel les terres franciliennes seraient vouées à la production - intensive, bien sûr - de bio-carburants, et l’agriculture de proximité réduite à l’état de témoignage, suite aux grignotages successifs de l’urbanisation.

Le SDRIF par ses prescriptions doit se donner les moyens de protéger l’agriculture péri-urbaine contre les pressions foncières. La restitution à l’agriculture de certaines « zones pyjama » non encore urbanisées doit être envisagée. La pérennité de l’activité agricole sur le plateau de Saclay revêt, à cet égard, un caractère symbolique pour les Verts, mais d’autres espaces également menacés, comme la plaine des Cercelets, dans le Val d’Oise, sont concernés. Cette volonté de préservation ne prendra tout son sens qu’en s’inscrivant dans une politique régionale globale visant à développer une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement et participant à la qualité de la vie de la population francilienne.

  • 5) Valoriser et redécouvrir la Seine et ses affluents, facteur d’identité régionale

Pour conclure, l’ « éco-région », pour nous, ne se réduit pas à quelques actions de réparation, elle doit inspirer l’ensemble des politiques régionales et renvoie à une nouvelle manière de vivre ensemble. Elle pourrait s’illustrer aussi par quelques projets symboliques, lui donnant une lisibilité sur le terrain, comme : un plan « déplacements doux », ou un projet sur la thématique du fleuve, qui pourrait largement concourir au renforcement de l’identité de la région IDF, par la mise en valeur de la Seine et de ses affluents sur l’ensemble de leur parcours régional.

Ce projet devrait s’attacher à promouvoir les différentes fonctions fluviales et à organiser leur co-existence : utilisation de la voie d’eau pour le transport de marchandises et de passagers, avec l’implantation de petits ports en cœur d’agglomérations ; reconquête des berges pour les loisirs et le tourisme, avec des circulations douces et des itinéraires de découvertes ; amélioration de la qualité de l’eau, protection des milieux naturels et des zones humides ; réalisations de vitrines de l’éco-développement, autour d’éco-énergies, de réalisations HQE, etc.

  • 6) Porter le débat auprès des Francilien[ne]s

Comment vivrons-nous en IDF dans 20 ans ? Quelle société voulons-nous ? La réponse à ces questions concerne chaque citoyen[ne].

C’est pourquoi les Verts demandent que le débat qui s’est engagé avec les acteurs dans le cadre des ateliers du SDRIF soit porté sur la place publique, sur la base d’un dossier établi avec des outils pédagogiques, faisant apparaître notamment l’empreinte écologique de l’Ile de France, et dessinant plusieurs scénarii d’avenirs possibles pour la région, qui seraient traduits en termes concrets de vie quotidienne, afin de susciter le débat.

Ce débat doit être mené au niveau régional, mais aussi au niveau de chaque territoire, au plus près des habitants, afin de nourrir des projets partagés, à l’opposé des projets imposés de manière technocratique. Cela vaut, en particulier, pour les projets de requalification des secteurs dégradés et défavorisés, dans le cadre de la politique de la ville ; pour les territoires comme Seine-Amont, Seine-Aval et le Plateau de Saclay, où l’Etat a annoncé sa volonté de réaliser des opérations d’intérêt national, dont on a tout lieu de penser qu’elles ne s’inscrivent pas dans les objectifs d’une écorégion.

Les Verts entendent bien se mobiliser pour faire de l’élaboration du SDRIF une démarche citoyenne.

février 2006

Top
Plan du site | Revue de Web | Site réalisé par Oizoo avec SPIP | SPIP
Les Verts Ile de France - 5 rue d’arcueil - 75014 Paris - Tél. 01 45 65 33 60 - Fax. 01 45 65 41 50