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de 2002 à 2010

Les enjeux économiques et environnementaux pour la région IDF d’une agriculture de proximité

mercredi 18 octobre 2006

Intervention de Jean Lafont au forum sur l’agriculture francilienne - Palaiseau, 30 septembre 2006
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  • 1) un constat très préoccupant

un constat foncier, d’abord, avec la disparition des terres agricoles à proximité du cœur de l’agglomération. Ainsi, l’urbanisation de la Ceinture Verte ne cesse de s’étendre, elle s’accélère même dans la décennie 1990 : 1600 ha d’espaces naturels et agricoles ont disparu chaque année entre 1982 et 1999 soit 70 à 80% de la consommation d’espace en IDF - les Villes nouvelles n’y contribuant que pour 1/3, leur part tombant même à 21% entre 1994 et 1999. En outre, la multiplication des grandes infrastructures et -le mitage dégradent la viabilité des exploitations agricoles préservées.

en l’espace de 30 ans, les cultures maraîchères et fruitières et l’horticulture ont presque disparu, comme vous avez pu le voir sur les cartes affichées sur les murs de cette salle : elles n’occupent plus que 6000 ha (1% des surfaces agricoles) - mais représentent 28% de l’emploi agricole. 94% des terres sont consacrées à la grande culture. Dans le même temps, la recherche de la qualité et le souci de préserver l’environnement conduisent un nombre croissant de franciliens à se tourner vers l’agriculture biologique, mais l’offre est insuffisante au point que la moitié des produits consommés est importée. Les collectivités, qui encouragent le bio à travers les cantines scolaires, vont-elles être conduites à renoncer, faute de « combattants » ? En fait, l’essentiel de l’agriculture francilienne fonctionne dans une logique productiviste, avec de forts impacts sur l’environnement (cette agriculture représente 2/3 de la consommation d’eau en IDF et engendre d’importantes pollutions). Elle s’inscrit dans des filières de transformation mondialisées, qui génèrent une forte demande de transport.

Faut-il alors se résoudre à la disparition de l’agriculture de proximité ? Bien entendu, non.

la révision du SDRIF doit constituer une opportunité pour la préservation des terres agricoles. Mais en même temps, derrière un discours ouvert en apparence lorsqu’il s’agit d’énoncer des généralités qui n’engagent à rien, des projets d’aménagement lourds se profilent, et même avec une certaine insistance - autoroutes A12, A 104, projet d’OIN sur le plateau de Saclay, mais on pourrait allonger largement la liste - qui entrent en contradiction avec les paroles apaisantes. La préservation des terres agricoles dans la Ceinture Verte par des mesures réellement opérantes est l’un des grands enjeux du SDRIF

  • 2) il faut le dire avec insistance, l’évolution actuelle est clairement « insoutenable », au regard des changements de contexte auxquels il faut s’attendre au cours des prochaines décennies - horizon auquel nous devons nous placer. C’est toute l’économie de notre secteur agricole/agro-alimentaire qui en sera affectée

des enjeux environnementaux aux conséquences économiques extrêmement lourdes, avec une énergie chère et plus rare, vraisemblablement sans pétrole ; avec des aléas climatiques amplifiés, dont on voit déjà les effets sur l’aggravation des risques et sur les rendements ; avec les interrogations sur les ressources en eau, sur la qualité des sols

des enjeux de santé publique, dont nos concitoyens ont commencé à prendre conscience avec la crise de la « vache folle » ; mais c’est un éternel recommencement, lorsque l’on voit aujourd’hui l’acharnement des firmes multinationales à imposer les OGM aux populations qui n’en veulent pas

des enjeux internationaux, qui se manifestent dans les confrontations entre les Etats-Unis et l’Europe, entre les pays du Nord et les pays du Sud, sur les questions d’indépendance alimentaire, de subvention aux agricultures nationales ; ou encore dans la tentative des firmes multinationales de s’approprier le vivant à travers des brevets

des enjeux sociétaux, particulièrement en IDF, une région marquée par des fractures sociales parfois aiguës, car l’agriculture peut contribuer au lien social à travers les AMAP, les cueillettes, les jardins familiaux, etc.)

Face à ces enjeux, le développement d’une agriculture de proximité, respectueuse de l’environnement, qui contribue dans une mesure importante à nourrir les franciliens par des produits de qualité, constitue un objectif d’intérêt général, qui doit être reconnu comme tel, avec les conséquences qui en découlent dans tous les domaines de l’action publique.

Mais d’autres futurs sont possibles, il faut en être conscients, portés par les forces et les intérêts économiques qui ont intérêt au maintien et à la poursuite du système actuel. Verra-t-on demain une conversion massive de l’agriculture francilienne à la production intensive de bio-carburants, pour préserver un mode de vie fondé sur le « tout voiture » : nos paysans, après avoir nourri les hommes, vont-ils être chargés d’abreuver nos automobiles ? Le combat se mène à toutes les échelles, du mondial au local. Son issue dépendra de nos capacités à mobiliser largement autour de notre projet.

  • 3) c’est l’objet de ce forum, organisé à l’initiative des Verts IDF en partenariat avec la Confédération paysanne et l’Alliance paysans- consom’Acteurs IDF.

la matinée sera consacrée à dresser l’état des lieux dans notre région et à donner la parole aux acteurs de cette agriculture dont nous voulons ardemment le développement. Ils nous présenteront leurs expériences et nous diront ce qu’il faudrait faire pour aller plus loin. En effet, il ne s’agit pas seulement de témoigner, d’expérimenter, mais de changer progressivement la logique d’ensemble de notre système.

ces questions seront posées cet après-midi aux invitéEs de la table ronde, sans complaisance, car l’importance et l’urgence des enjeux exigent des réponses claires et sans hypocrisie . En effet, on ne peut pas continuer à urbaniser à tout crin les espaces agricoles et prétendre en même temps que l’on défend l’agriculture de proximité. Qu’y aura-t-il dans le SDRIF comme garanties ? On ne peut pas non plus mettre tous les moyens au service de l’agriculture productiviste et s’étonner que les autres formes d’agriculture aient du mal à trouver leur viabilité économique. Je voudrais ici témoigner de notre solidarité aux paysans des Côtes d’Armor, qui ont engagé une grève de la faim pour dénoncer l’inégalité de traitement entre agriculteurs dans l’accès aux aides de la PAC et la pénalisation de ceux qui se sont engagés dans une agriculture moins intensive, et qui refusent les choix de notre gouvernement dans l’application du règlement européen. Alors, quelles priorité pour la recherche, pour la formation, pour les aides à l’agriculture ? comment développer des circuits courts pour les produits agricoles et les filières de transformation ? La région IDF, qui s’est déclarée « région sans OGM », a déjà engagé des actions pour soutenir l’agriculture de proximité et l’agriculture biologique, mais sans doute faut-il aller plus loin. Et il ne faut pas sous-estimer le poids des politiques nationales et communautaires, dont une réorientation profonde s’impose...

Nous voulons faire de ce forum, que nous avons voulu largement ouvert, une étape dans la mobilisation des francilienNEs. Une mobilisation pour préserver nos terres de l’urbanisation - la lutte contre le projet d’OIN sur le plateau de Saclay en est le symbole. Une mobilisation pour un projet d’agriculture de proximité, créatrice d’emplois et créatrice de liens entre la ville et la campagne.

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