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de 2002 à 2010

Henry David THOREAU - la désobéissance civile

Il y a 999 défenseurs de la vertu pour un seul homme vertueux

vendredi 18 mai 2007

Réédition du livre de Henry David THOREAU qui en 1849 inventa le concept de la désobéissance civile en refusant de s’acquitter de l’impôt spécialement institué pour financer la guerre contre le Mexique et qui fut incarcéré pour ce motif
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Présentation du livre par Noël Mamère

« A l’Etat, je donne ce conseil : rompre avec les propriétaires d’esclaves sur-le-champ. Il n’y a pas de loi, ni de précédent respectable qui sanctionne le maintien de cette union. Et à tous les habitants du Massachusetts, je conseille de rompre avec l’Etat tant qu’il hésitera à faire son devoir ».
« Faire son devoir », toute la philosophie de Thoreau tient en ces quelques mots simples qui sonnent comme une exigence paradoxale quand il s’agit de répondre, d’abord, à ce que nous dicte notre conscience.

Si Thoreau avait eu vingt ans en Août 14, quand les grandes puissances ont donné le signal de la première boucherie du vingtième siècle, il aurait sans doute fait partie des insoumis ou des mutins, en obéissant au amour infini.
Dans son Journal, commencé en 1837 et jamais abandonné jusqu’à sa mort en 1861, chaque jour est un motif de célébration de la nature, de ses paysages et de son « peuple » : « Le chant du grillon suggère une sagesse accomplie, une sagesse jamais en retard, car elle est au-dessus de tous les soucis temporels ... » ou « la Nature, à chaque instant, s’occupe de votre bien-être. Elle n’a pas d’autre fin. Ne lui résistez pas ... »
Mais il est aussi l’occasion de souligner sa conception d’une Nature qui échapperait à l’Homme et dans laquelle il pourrait être finalement un intrus : « j’aime la Nature en partie parce qu’elle n’est pas l’homme, mais une retraite pour lui échapper. Aucune des institutions humaines ne l’a soumise, ni pervertie. Chez elle, c’est une discipline différente. Je puis être heureux au milieu de la Nature, d’un bonheur parfait... L’homme est contrainte, la Nature est liberté » (Journal, janvier 1853).

C’est cette conception de la relation de

l’Homme à la nature qui a inspiré l’essentiel des mouvements écologistes américains prônant sa sanctuarisation plutôt que sa maîtrise.
De grandes ONG, comme le WWF, s’inscrivent dans la droite ligne de Thoreau et du courant transcendantaliste dont il fut un des adeptes les plus actifs.
La « deep ecology », version radicale et dangereuse de l’écologie moderne, celle qui a donné naissance aux « eco-warriors », est aussi une héritière de Thoreau et de ses amis transcendantalistes.
Le transcendantalisme est le premier mouvement écologiste de l’histoire, fondé par le philosophe Ralph Waldo Emerson que Thoreau rencontre en 1837 et dont il devient presque aussitôt l’un des plus fervents disciples, au service de cette philosophie idéaliste, panthéiste et mystique.
Emerson est un contestataire qui fait déjà figure de maître pour de nombreux intellectuels américains quand il prononce son fameux discours L’humaniste américain qui prône « une vie transcendantale dans la nature  » et cherche à démontrer « la nécessité d’être présent au monde, de rejoindre l’être profond des choses et d’y accorder sa conscience.  »

Cette rencontre tombe au bon moment ; Thoreau, alors jeune diplômé d’Harvard, vient lui-même de prononcer un discours qui contient l’essentiel de ce que sera sa vie de désobéissant, rétif aux contraintes et aux contradictions des institutions des hommes.
Dans la foulée de cette rencontre décisive pour la suite de sa vie, Thoreau est engagé à l’école publique de Concord... dont il démissionne au bout d’une semaine parce qu’il refuse de battre les élèves !
C’est à la suite de cette démission qu’il va fonder sa propre école avec son frère John, pour appliquer les méthodes d’éducation de Bronson Alcott et Elisabeth Peabody, disciples et compagnons d’Emerson qui prônent la non-violence dans l’éducation des enfants et accordent une large place à leur responsabilité individuelle.
Une approche que l’on retrouvera des décennies plus tard dans les écoles Freney et Montesori...
C’est d’ailleurs cette même année (1838) qu’Emerson prononce à Harvard, le discours à l’école de théologie, véritable charte philosophique du mouvement transcendantaliste, auquel répond Thoreau, quelques mois plus tard, de son école de Concord, avec son discours intitulé La Société. C’est à cette époque qu’apparaît le « chemin de fer souterrain », véritable réseau clandestin qui aide les esclaves à fuir vers le Canada et auquel participe naturellement Thoreau qui sera de tous les combats pour l’abolition de l’esclavage.
En 1854, on peut lire dans son Journal : « On m’a parlé l’autre jour d’un pauvre diable d’évêque qui approuvait la loi et le décret grâce auxquels l’esclave Burns a été livré à ses maîtres.
Avant de m’asseoir à une table, je demanderai désormais s’il y a dans la compagnie quelqu’un qui s’appelle évêque, et il faudra alors que ce soit lui ou moi qui quitte la table... »
Quelques années plus tôt, en 1846, Thoreau a passé une nuit en prison pour avoir refusé de payer ses impôts à l’Etat du Massachusetts au motif qu’il admet l’esclavage et fait la guerre au Mexique.
Il est déjà installé dans sa cabane en bois (4 juillet 1845) construite avec l’aide d’Emerson, d’Alcott, du docteur Channing et d’autres amis transcendantalistes, au bord de l’étang de Walden, là où il écrit le livre qui le rendra célèbre aux Etats-Unis et qui va devenir la « bible » des écologistes nordaméricains  : Walden ou la vie dans les bois.
Il a vingt-huit ans quand il décide de concrétiser son idéal mystique et panthéiste en vivant au milieu de la forêt, au contact direct de la Nature. L’expérience dure trente six mois et va nourrir nombre de ses conférences et publications à caractère politique et philosophique... dont la désobéissance civile qui connaîtra plus tard le succès que l’on sait et qui fait suite à son discours sur les droits et devoirs de l’individu vis-à-vis du gouvernement, prononcé à Concord en 1848.
Jusqu’en 1862, date de sa mort de la tuberculose, la vie de Thoreau est faite de combats contre l’esclavage, d’aide aux fuyards, de condamnation des guerres coloniales de la jeune Amérique.
Il s’illustre notamment dans la défense de John Brown qui, le 16 octobre 1859, s’était emparé, avec une poignée de partisans, de l’arsenal fédéral de Harper’s Ferry, en Virginie, avant d’être arrêté. Il écrit plusieurs textes sur ce héros de la lutte contre l’esclavage, notamment « les derniers jours de John Brown » au moment de la commémoration de sa mort. Nous sommes en 1860, année de l’élection d’Abraham Lincoln à la présidence des Etats-Unis. Un an plus tard débute la Guerre de Sécession.
Cette vie d’engagement est indissolublement liée à sa mystique de la Nature : il parcourt l’Etat du Maine à pied, descend les rivières Concord et Merrimack avec son frère, se rend au cap Cod, ne peut supporter de rester plus de huit mois à Staten Island où il est devenu précepteur chez le frère d’Emerson ; la nature sauvage et ouverte de son Massachusetts lui manque ; il écrit un important ouvrage d’« Histoire Naturelle » qu’il transmet au grand naturaliste JL Agassiz, à Harvard ; il publie un récit sur « les bois du Maine » ...

Thoreau est l’un des tout premiers écologistes à avoir démontré que l’écologie ne niche pas seulement dans les arbres mais qu’on peut aussi la trouver dans la défense des droits humains et dans une certaine idée de ce qu’on appelle la conscience. Voilà la leçon qu’il faut tirer de la vie de cet homme engagé qui éleva l’indignation au rang de règle morale. Puissions-nous-retrouver l’esprit de Thoreau quand il s’agit de dire « non » à l’inacceptable et de répondre au seul appel de notre conscience.

Noël Mamère 4 février 2007

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